vendredi 24 février 2017

Super nanny : Analyse des épisodes 2ème partie



Cet article est la suite de celui-ci.

Je continue mon petit tour des points négatifs de cette émission.

Dans un épisode, on assiste au sevrage d’une fille de 3 ans. La maman en a marre d’allaiter sa fille et d’être « un biberon ambulant » selon ses termes. C’est son droit, ça se comprend. Super nanny s’engage donc à l’accompagner dans le sevrage. Elle lui demande, lors de l’énoncé des règles, de réfléchir aux tétées qu’elle souhaite conserver, dans un 1er temps, pour sevrer sa fille petit à petit. Et là, ça fait mal !
Car la maman répond qu’elle ne souhaite conserver aucune tétée !!!! Et on va donc assister à ce que j’appelle un sevrage « sauvage ». Il est important de respecter le choix de la maman de sevrer sa fille. Allaiter doit être un plaisir et non une contrainte. Mais un sevrage se fait en douceur, petit à petit, pas d’un coup ! Là encore, le problème est qu’on montre ça à la télévision et certaines mamans pourraient donc croire que c’est normal de sevrer ainsi son enfant ! Je pense que Sylvie Jenaly aurait du rester dans son champs de compétences et, pour ce cas, faire appel à une consultante en lactation comme on en trouve dans les associations telles que la « Leche League ».

Autre point négatif : les règles. Alors, mettre en place des règles dans une famille est très important (mais pas indispensable). Mais les règles doivent répondre aux besoins de tous les membres de la famille et doivent donc être établies par tous les membres de la famille. Les règles doivent aussi tenir compte des valeurs que les parents souhaitent transmettre à leurs enfants. Donc, je ne suis pas d’accord avec le principe de l’émission où c’est super nanny qui les met en place. Elle IMPOSE SES règles, SON point de vue sur l’éducation, SES valeurs, sur l’attitude des enfants et des parents.
Je pense par exemple au fait que dans l’émission, on voit souvent des enfants dormir dans le lit de leur parent. Si ça pose problème aux parents, il est effectivement important que les enfants dorment dans leur lit et les parents dans le leur. Mais ce n’est pas une obligation ! Le cododo est une norme dans beaucoup de pays du monde. Même en France, beaucoup de famille le pratique. Il n’y a rien d’illégal dans cette pratique. Or, super nanny est tout le temps choquée de voir cela et demande à chacun de dormir dans sa chambre, dans son lit. Mais, ça pourrait très bien ne pas gêner les parents et c’est leur droit.
Les parents se retrouvent donc soumis à super nanny au lieu d’être amenés à réfléchir à ce qui est important pour eux et à ce qu’il souhaitent transmettre à leurs enfants. Mettre en place les règles en famille permet à chaque membre de parler de ce qu’il souhaite, de ce qu’il attend des autres, de ses besoins, tout en écoutant le point de vue des autres membres de la famille. C’est donc une activité familiale très riche qui permet vraiment de se découvrir. En parlant des règles, j’en profite pour rappeler que les enfants ont du mal à comprendre les tournures « négatives ». Les règles dictées par super nanny sont souvent présentées sous la forme positive mais j’ai remarqué que quand elle s’adresse aux enfants, elle a tendance à parler en négatif « on ne tape pas », « on ne crie pas »…
Autre point négatif concernant les règles : super nanny dit aux enfants qu’ils doivent obéir à leurs parents. Le mot « obéir » me gène beaucoup. Je préfère parler de coopération que de soumission ou d’obéissance. Obéir, ça signifie qu’on ne demande pas à l’enfant de réfléchir au pourquoi du comment de ce qu’on lui demande, ça ne fait pas trop travailler son empathie ni sa moralité du coup ! Je parle ici des dangers de l'obéissance.

Elle a aussi tendance à dire assez souvent aux aînés de fratrie qu’ils doivent montrer l’exemple. Je suis moi-même l’aînée d’une fratrie de 3 enfants et j’ai beaucoup entendu cette phrase quand j’étais petite alors je suis bien placée pour savoir ce que ressent un enfant a qui on dit cela : de l’injustice ! Ca donne vraiment l’impression que seuls les aînés ne doivent pas faire de bêtises, que les plus jeunes y ont droit. Ca donne l’impression qu’on doit être parfait. Ca donne l’impression qu’on n’a pas le droit à notre enfance avec son lot d’expériences (car je préfère le mot « expérience » au mot « bêtise »). Les enfants sont des enfants et les expériences (mêmes foireuses) sont importantes pour leur développement, leurs découvertes, leur curiosité, leurs apprentissages de la vie ! Donc laissons les enfants être des enfants, même s’ils sont l’aîné de leur fratrie, et laissons les parents faire leur travail de parents (accompagner leurs enfants dans leurs expériences et apprentissages). Chacun sa place !

Je parlais dans la 1ère partie des « caprices » des enfants, je vais parler maintenant du recours très fréquents aux punitions dans cette émission. Non, les enfants ne font pas des caprices, ils ont des comportements dont on n’a pas encore compris la cause. Quand on a compris la cause du comportement, il devient plus simple de mettre en place une solution adaptée, le comportement dérangeant cesse alors et le recours aux punitions ne sert donc strictement à rien ! Super nanny a tendance à discuter avec les enfants de plus de 10 ans pour mieux comprendre leurs problèmes et les causes de leur comportement. Mais c’est dommage qu’elle ne fasse pas pareil avec les enfants plus jeunes. Ils sont eux aussi capables de s’exprimer, si on leur en laisse l’occasion. Là encore, le problème est qu’on envoie comme messages aux téléspectateurs que les enfants font des caprices et qu’il faut les punir pour que ça cesse ! On fait croire aux parents qui regardent cette émission que les problèmes de comportements se règlent en 3 jours ! Des fois, oui, ça se règle en 3 jours (voire moins), quand on a trouvé la cause du comportement et mis en place la bonne solution. Mais des fois, ça prend plus de temps, parce qu’on a du mal à trouver la cause du comportement ou du mal à trouver la bonne solution qui va satisfaire tout le monde.

Dans quasiment tous les épisodes, Sylvie Jenaly parle de « bon ton, bonne attitude ». C’est quoi « le bon ton, la bonne attitude » ? Bien malin le téléspectateur qui le sait, surtout qu’on ne la voit pas les montrer aux parents ! On la voit faire des menaces aux enfants « toi, tu vas avoir des problèmes ! », on la voit faire les gros yeux, on la voit menacer avec le doigt, on la voit punir, on la voit attraper les enfants par les bras pour les envoyer "réfléchir" dans leur chambre… Mais « le bon ton, la bonne attitude », je ne les vois pas dans cette émission !
Je n’aime pas la menace « tu vas avoir des problèmes ». C’est vraiment très angoissant pour l’enfant qui ne sait pas quels sont les problèmes qu’il va avoir ni quand ils vont « tomber » : maintenant, dans une heure, demain, la semaine prochaine ?
J’ai récemment terminé une formation internet animée par le Dr Joël Monzée et la coach familiale Nancy Doyon. Nancy Doyon parle souvent de la « fermeté bienveillante ». C’est difficile d’expliquer par écrit en quoi ça consiste exactement mais il s’agit du bon dosage entre la fermeté et la bienveillance dans nos interventions. S’il y a trop de bienveillante, on est trop mou, ça ne marche pas. Si on est trop ferme, trop dur, trop autoritaire, ça ne marche pas non plus. Il faut trouver le juste milieu. Ce juste milieu, ça fait plusieurs mois que je l’ai trouvé et je vois bien les enfants écoutent ce que je leur dis, il n’y a vraiment pas besoin de s’énerver, ni de crier. Ce n’est pas miraculeux non plus. Des fois, il faut répéter, un peu plus fermement. Des fois, le problème est ailleurs et il faut trouver la cause du comportement de l’enfant pour qu’il s’arrête. Mais je n’ai jamais vu super nanny expliquer ni montrer aux parents ou aux téléspectateurs ce fameux « bon ton, bonne attitude ». Pire même, parfois elle dit d’un parent qu’il a le bon ton ou la bonne attitude alors que le parent est en train de menacer de punir son enfant ou en train de le punir ! Quand on a cette « fermeté bienveillante » ou quand on a trouvé la cause du comportement dérangeant de l’enfant, il n’y a pas besoin de recourir aux menaces ni aux punitions ! J’y reviendrais plus en détails dans d’autres articles. Voici quelques vidéos de Nancy Doyon où vous verrez mieux en quoi consiste la « fermeté bienveillante » ou comment obtenir la coopération de nos enfants :

Regardez-vous votre enfant avec bienveillance ?

3 trucs simples pour obtenir la coopération de votre enfant :

Votre enfant souffre de surdité sélective ? Apprenez à utiliser le bon langage :


La suite bientôt...