lundi 13 février 2017

Les préjugés sur l’éducation : Il faut bien donner des petites fessées aux enfants pour faire preuve d'autorité






Suite à l’affaire « super nanny » et de la plainte déposée auprès du CSA, j’ai remarqué que les VEO sont tellement présentes dans certains épisodes de cette émission, que la plupart des français ne les voit même plus !
Les gens croient qu’être ferme consiste à crier sur les enfants ! Ils croient qu’être autoritaire consiste à les punir !
Je suis vraiment effarée par le nombre de fois où autorité et autoritarisme sont confondus dans certains épisodes de cette émission qui est pourtant censée donner des repères aux parents. Je reviendrais plus en détail sur cette émission dans un autre article que je prépare actuellement.

Vous avez tous entendu parler de la plainte déposée au CSA concernant cette émission, mais avez-vous entendu parler de cette affaire là ?

Vous allez me dire que c’est exagéré, qu’on n’a jamais vu Sylvie Jenaly frapper un enfant ni conseiller aux parents de le faire. C’est vrai et c’est encore heureux !!! Mais il y a un « mais ». Deux « mais » pour être plus exacte. D’abord, on a déjà vu dans cette émission des parents donner des fessées à leurs enfants devant super nanny sans que celle-ci ne dise quoi que ce soit. Ensuite, tout au long de l’émission, super nanny explique bien aux parents que les enfants doivent leur obéir et pour cela, tous les coups, ou presque, sont permis. Super nanny n’hésite pas, parfois, à recourir à des méthodes coercitives et incite les parents à en faire de même pour arriver à ses fins.

A partir de là, quand l’émission s’arrête et que c’est de nouveau la foire à la maison, ou quand le téléspectateur éteint sa télé bien décidé à mettre en place ces méthodes qui soit disant fonctionnent, et quand les parents s’aperçoivent que non, les punitions ne fonctionnent décidément pas sur leurs enfants… Qu’est-ce qu’ils font ? Certains vont baisser les bras (ce qui n’est pas bon pour le développement des enfants, on est d’accord), d’autres vont se renseigner sur d’autres méthodes éducatives qui sont plus efficaces. Mais d’autres vont passer à l’étape suivante : frapper ! Puis quand ils s’aperçoivent, que non, ça ne fonctionne toujours pas, qu’est-ce qu’ils font ? Ils frappent, plus souvent, plus fort, plus longtemps…

Où s’arrêtent les VEO encore autorisées pour le moment et où commence la maltraitance qui est illégale et condamnée ? Là encore, la triste actualité nous montre que la frontière entre les deux est mince.  Typhaine, Fiona, Tony, David, Amine, Oumar, Yanis... Ces enfants ont été tués par leurs parents ou beaux-parents pour… les éduquer ou les punir !!!!
Muriel Salmona explique dans cette vidéo que 75% des parents qui maltraitent leurs enfants le font dans un but éducatif ! En gros, ils ne se rendent même pas compte de ce qu’ils font subir à leurs enfants, c’est normal de se conduire ainsi avec des enfants, c’est de l’éducation ! Alors, je sais, il y a de grands risques pour que ces parents aient été eux aussi maltraités durant leur enfance et n’aient pas été suivi comme il l’aurait fallu psychologiquement et c’est pour cela qu’ils reproduisent le schéma. Mais même concernant les VEO, combien d’anciennes victimes reproduisent ce schéma  sur leurs enfants en croyant que c’est de l’éducation ?

Non, ce n’est pas éducatif de crier sur un enfant.
Non, ce n’est pas éducatif de menacer de punition un enfant.
Non, ce n’est pas éducatif de tirer sur les bras d’un enfant.
Non, ce n’est pas éducatif de punir un enfant.
Non, ce n’est pas éducatif de frapper un enfant !

Tout cela, ce n’est pas de l’éducation, c’est l’échec de l’éducation, c’est l’échec de l’intervention parentale ! Ce n’est pas un jugement que je porte là, je ne cherche pas à faire culpabiliser les parents. Moi aussi, ça m’arrive encore de crier sur mes enfants voire même de leur demander d’aller dans leur chambre, mais je reconnais bien que quand j’en arrive là, c’est parce que je suis dépassée par la situation, il n’y a rien d’éducatif dans mon attitude !
A la rigueur, quand on en arrive là, le plus important est de transformer notre culpabilité en responsabilisation : se demander comment on en est arrivé là et comment on aurait pu faire autrement pour y penser à temps la prochaine fois que la moutarde nous monte au nez et agir autrement.

Bref, revenons à mon histoire de fermeté et d’autorité…
Etre ferme, c’est dire quelque chose sur un ton insistant (plus ou moins insistant en fonction si c’est la 1ère fois, la 2ème ou la 3ème fois qu’on répète) mais sans crier, sans menacer d’une punition. Juste être plus insistant.
J’ai remarqué une chose avec mon fils (de 4 ans) : plus je m’énerve après lui, moins j’obtiens de résultat de sa part ! Logique, quand je m’énerve, son cerveau interprète cela comme un danger ou un stress et il met donc en place des mécanismes de défense : soit il fait celui qui n’a pas entendu, soit il pique une crise, soit il dit « non » ouvertement, soit il rigole (oui, rigoler est un mécanisme de défense face à un stress, certains adultes ont des fous rire à des moments vraiment très inopportuns comme lors d’un enterrement par exemple).
Quand je demande quelque chose d’un ton calme, en général, j’obtiens un résultat, pas forcément dans la seconde, mais il le fait. Bien sûr, parfois, je dois répéter et être plus ferme.

Concernant l’autorité, j’en ai déjà parlé dans cet article où je décris les 4 types d’autorité selon Thomas Gordon et qu’elle est la différence entre l’autorité et le pouvoir (qui sont souvent confondus).

Et je vais terminer en vous mettant des extraits du dernier numéro du magazine « L’assmat » (numéro 154 de décembre 2016 – janvier 2017).
Dans l’article « L’autorité sans fessée » il est noté :
« Banalisées, les punitions corporelles restent largement pratiquées à l’encontre des enfants. Ces violences éducatives ordinaires n’ont d’efficacité qu’à court terme et sur des actions très ponctuelles, et ont des conséquences néfastes sur le devenir de l’enfant. Leur valeur éducative est nulle. »
« Poser des limites et être ferme avec un enfant ne signifie pas ne pas prendre en compte ses désirs et besoins. L’autorité s’appuie avant tout dans l’établissement d’une relation de confiance et d’affection entre l’adulte et l’enfant. Avoir de l’autorité sur un enfant, c’est savoir lui donner des repères qui lui permettront de grandir tout en se sentant en confiance et en sécurité auprès de l’assistante maternelle ou familiale.
C’est aussi être capable de se faire écouter sans crier, de se faire obéir sans menacer ni punir. L’autorité s’acquiert sur le long terme et nécessite que l’assistante maternelle ou familiale soit en mesure de s’adapter à chaque situation en étant honnête, juste et respectueuse avec l’enfant. »
Il est également question des effets néfastes des châtiments corporels et des alternatives à la fessée : établir des règles stables et adaptées, montrer l’exemple, laisser le choix à l’enfant, l’aider à gérer ses frustrations et crises et sanctionner au lieu de punir.
Dans l’article « La bientraitance au quotidien » il est question de formations à ce sujet, de parler à l’enfant, de bannir les punitions, d’accueillir les émotions, de trouver des réponses… Bref, tout ce dont j’ai déjà parlé dans ce blog ! Si vous voulez vous procurer ce numéro, il est disponible ici : http://assmat.martin-media.fr/fiche/l-assmat-n-154-dec-2016-janv-2017--ASM161201


Le magazine « Grandir autrement » avait lui, consacré un hors-série à l’éducation bienveillante en décembre dernier. Vous pouvez vous procurer ce numéro ici : http://www.grandirautrement.com/fr/hors-series-magazine-hors-serie-numero-10.html