jeudi 8 décembre 2016

Les préjugés sur l’éducation : l’éducation bienveillante, c’est du laxisme

 Ca c’est, je crois, le préjugé numéro 1 sur l’éducation bienveillante. La preuve, c’est qu’il a fallu que j’écrive un article sur l’émission « Super nanny » pour que certaines personnes me traitent de laxiste.
Si l’éducation bienveillante était du laxisme, je ne pense pas que j’aurais écrit une centaine d’articles à ce sujet ! Ni même que j’aurais fait un blog dessus !


Pour beaucoup de personnes, un parent laxiste est un mauvais parent qui laisse son enfant tout faire et ne cherche pas à l’éduquer. Je ne suis pas d’accord avec ce raccourci. Pour moi, des parents laxistes, ce sont un peu les parents qu’on voit dans « Super nanny ». Ils essayent de mettre en place des règles mais ils n’y arrivent pas car ils n’ont pas la bonne attitude éducative, ils n’ont pas les bonnes informations ni les bons outils. Ils disent « non » à leur enfant puis cèdent au moindre pleur pour avoir la paix, mais finalement, ils deviennent esclaves de leurs enfants. Ils passent leur temps à crier, à courir, à intervenir pour tout et surtout n’importe quoi, à donner des punitions souvent sans queue ni tête. « ON NE CRIE PAS », « ARRETE », « DEPECHE-TOI » sont leurs cris favoris. Ce sont des parents qui passent plus de temps à rentrer en conflit avec leurs enfants qu’à jouer avec eux. Ils n’ont souvent plus de plaisir à être parent.

Je ne les blâme pas, au contraire, je trouve ça triste. Eduquer des enfants n’est pas facile, surtout aujourd’hui avec notre société de surstimulation et de surconsommation : les hypermarchés, les écrans, les multiples activités (certains enfants font tellement d’activités qu’ils ont un vrai emploi du temps de ministre), les jeux dits d’éveils ou éducatifs dès la naissance qui sont en réalité trop stimulants et n’apportent rien question éveil… Les enfants passent beaucoup moins de temps dehors qu’autrefois, souvent pour des raisons de sécurité, et cela se ressent sur leurs comportements. Les enfants ont besoin de se défouler, donc s’ils ne peuvent plus le faire dehors, ils le font dans la maison !

Avant, on vivait dans un monde de soumission : les enfants se soumettaient à leurs parents, la femme à son mari, le mari à son patron… C’était comme ça et tout le monde trouvait ça normal. Or, aujourd’hui, la femme ne se soumet plus à son mari, le salarié ne se soumet plus à son patron. Chacun a le droit de donner son avis et tout le monde trouve ça normal. Alors, pourquoi l’enfant accepterait-il de se soumettre à ses parents ? Je vois d’ici certaines personnes faire des bonds sur leur chaise : l’enfant ne doit pas se soumettre à ses parents, et bien c’est du laxisme !!! C’est faux. Même si on ne lui demande pas d’obéir bêtement on essaye de faire en sorte qu’il coopère, on l’implique. Mais j’y reviendrais plus bas.

Avec en plus les neurosciences qui s’en mêlent et nous disent que les VEO (c’est-à-dire la façon dont on éduque les enfants depuis des siècles) sont très néfastes pour le cerveau des enfants ! Pas facile d’être parent aujourd’hui !

Bon, revenons aux parents qui pratiquent l’éducation bienveillante. Déjà, ce n’est pas respectueux du tout de dire de ces parents qu’ils sont laxistes (au sens où ils ne donnent aucune éducation à leurs enfants) car ces parents là passent énormément de temps à participer à des ateliers sur la parentalité, à lire des livres sur l’éducation, à s’informer sur le développement des enfants, à chercher des solutions aux problèmes qu’ils rencontrent avec eux, à jouer et faire des activités avec eux, à mettre en application tout ce qu’ils ont appris… Bref, ce sont des parents qui s’investissent beaucoup dans leur rôle de parent !!! On est loin de l’image du parent laxiste ou démissionnaire qui laisse tout faire sans rien dire !

J’ai déjà décrit les différences entre le laxisme et l’éducation bienveillante récemment ici

Pour tout dire, il est vrai que certains parents croient pratiquer l’éducation bienveillante alors qu’ils sont en fait dans le laxisme. Mais il ne faut pas non plus mettre tout le monde dans le même panier.
Quand on a pratiqué les VEO et qu’on veut pratiquer l’éducation bienveillante, c’est vrai qu’il existe le risque de tomber dans le laxisme : on ne punit plus l’enfant, on ne le menace plus, mais du coup, on peut aussi se retrouver désemparé et tout laisser faire.

Pour ne pas tomber dans ce piège, il est important de se connaître, de savoir quels sont nos besoins, de réfléchir aux comportements qu’on accepte, pourquoi on les accepte, jusqu’où on les accepte. Il est également important de réfléchir aux comportements qu’on n’accepte pas et pourquoi on ne les accepte pas. Ca peut parfois prendre du temps car on n’a pas forcément été habitué dès notre plus jeune âge à écouter nos besoins et à les respecter ou les faire respecter. Souvent, on a été habitué à respecter les besoins des autres (ceux des grandes personnes) et les nôtres n’étaient pas pris en compte.

Je me rappelle mes débuts dans l’éducation bienveillante, c’était il y a 2 ans. J’avais mal compris en quoi ça consistait. Sans faire de travail sur moi au préalable, je me suis d’emblée forcée à ne plus crier sur les enfants. Ca marchait… pendant 2 jours !!! Après, c’était la catastrophe, je criais pour un rien, je criais même encore plus qu’avant !
Alors j’ai demandé pourquoi j’avais une telle réaction sur un groupe facebook sur l’éducation bienveillante. Et là, une personne m’a répondu que c’était tout à fait normal d’en arriver là quand on se forçait à ne plus crier et qu’il fallait donc que je réfléchisse à mes besoins et à mes limites. Sur le coup, je n’avais vraiment pas compris où elle voulait en venir car le mot « besoin » était franchement flou pour moi à cette époque, alors réfléchir sur MES besoins… c’était compliqué ! Alors, j’ai continué à lire, j’ai fait le programme de formation des supers parents et d’Isabelle Filliozat sur « La parentalité consciente et respectueuse » dont j’ai déjà parlé ici et j’ai mieux compris ce qu’avait voulu dire cette personne. Effectivement, une fois ce travail sur moi commencé, j’ai mieux cerné mes besoins, j’ai mieux cerné mes limites et j’ai mieux réussi à mettre en place les outils sur la parentalité positive, et ce, sans crier ! Ou presque, car ça m’arrive encore parfois de m’énerver, mais beaucoup moins qu’avant. Aujourd’hui, je peux rester facilement un mois voire plus sans crier sur mes enfants.
Quand je dis que dans l’éducation bienveillante, on évite de crier après les enfants, ça n’empêche pas d’être ferme quand c’est nécessaire, bien sûr. Crier et être ferme sont deux choses différentes.

Mais j’insiste sur un point : l’objectif n’est pas de vous forcer à ne plus crier sur vos enfants mais de comprendre quels sont vos besoins non satisfaits qui vous poussent à crier et comment faire pour satisfaire vos besoins…avant de vous énerver. C’est un travail sur soi, qui se fait chacun à son rythme. Respectez votre rythme, n’essayez pas d’aller trop vite, ne vous forcez pas à quoi que ce soit, ne vous fixez pas des objectifs dans le temps que vous risquez de ne pas tenir, ne vous en voulez pas lorsque vous crier. CHACUN SON RYTHME.

Ensuite, viennent les règles. Quand je parle d’éducation bienveillante, souvent on me répond « mais les enfants ont besoin de règles, de cadre, de repère… ». Mais je n’ai jamais dit le contraire ! Pourquoi les gens croient que dans l’éducation bienveillante, il n’y a pas de règles ? Mystère !
J’ai déjà écrit comment établir des règles : ici
Le mieux est d’élaborer les règles en famille, que tout le monde en discute ensemble. Car si ce sont uniquement les parents qui les mettent en place, ils risquent de ne tenir compte que de leurs besoins à eux et pas de ceux de leurs enfants. Or, les règles doivent s’adapter aux besoins de tout le monde, y compris ceux des enfants, sinon, elles ne seront pas respectées. Quand 2 personnes ont des besoins contradictoires, il convient de trouver des solutions qui font consensus pour tout le monde. J’ai déjà parlé de la méthode de résolution de conflit sans perdant ici . Cette méthode fonctionne aussi avec des enfants trop petits pour parler ou pour exprimer leurs besoins, c’est ce que j’ai mis en place avec mon fils quand il avait 2 ans et sautait sur le canapé ou faisait de la patouille au moment des repas, j’en parle ici
Pour aller plus loin dans le respect des règles, je vais vous livrer quelques astuces.
Déjà, essayez de repérer si votre enfant est plutôt visuel, auditif ou kinesthésique.
S’il est plutôt auditif, répéter les règles peut être un bon moyen pour qu’il se les approprie.
S’il est plutôt visuel, vous pouvez mettre les règles par écrit et/ou avec des pictogrammes (très pratique pour les enfants qui ne savent pas lire). Vous trouverez plein de modèles avec des pictogrammes sur internet.
Si votre enfant est plutôt kinesthésique, un moyen qui fonctionne bien est de lui faire rejouer la scène, quand tout le monde est calmé. Par exemple, votre fils a fait une crise parce qu’il voulait le jouet qu’avait sa sœur. Une fois tout le monde calmé (ça peut être le lendemain matin car nous, les adultes, mettons plus de temps à nous calmer que les enfants…), vous rejouez la scène avec vos enfants et vous expliquez à votre fils comment il peut faire la prochaine fois : demander le jouet : « s’il te plait, est-ce que tu peux me prêter le jouet ? », si votre fille dit oui, il lui dit « merci », si votre fille dit non, soit il attends, soit il prend un autre jouet.

Une autre méthode qui fonctionne bien aussi est de faire un conseil de famille où on demande aux enfants de réfléchir sur l’utilité des règles. Par exemple, pendant les vacances scolaires, le problème que je rencontre le plus est celui du rangement des jouets de mes enfants. Il faut dire que c’est compliqué pour eux car ils sont en vacances mais pas moi. Ils jouent de plus en plus dans leur chambre mais ne peuvent pas le faire pendant les vacances durant les temps de sieste des enfants que j’ai en accueil. Ils peuvent jouer dans la salle, mais uniquement avec les jouets des enfants en accueil, pas avec les leurs qui contiennent des petites pièces dangereuses pour les enfants en accueil. Bref, c’est dur à accepter pour mes enfants.
Donc, quand le rangement des jouets devient problématique, je fais un « conseil de famille » où je leur demande, à leur avis, pourquoi le rangement des jouets, aussi bien dans la salle que dans leur chambre est important pour moi. Et je les laisse réfléchir et donner leurs idées. Le fait de les laisser réfléchir au pourquoi du comment d’une règle leur permet de mieux la comprendre et de s’impliquer davantage pour son respect. Mes enfants de 4 et 5 ans sont donc au courant du risque d’étouffement par inhalation de petits objets avec les conséquences que cela implique. Je fais également des mises en scène où ils portent des poupons afin qu’ils comprennent mieux que quand j’ai un bébé dans les bras, je ne vois pas mes pieds et je ne vois pas si je marche sur un jouet (avec le risque de tomber, de me faire mal et de blesser le bébé que j’ai dans les bras, avec là aussi les conséquences que peuvent avoir sur le bébé une blessure à la tête).

Attention, je ne dis pas que ces méthodes sont miraculeuses et fonctionnent du premier coup. Peu importe l’âge de l’enfant, il sera toujours nécessaire de rappeler régulièrement les règles et de refaire des mises en scène. Vous-même, quand vous cherchez à perdre une mauvaise habitude, ça vous prend du temps (quand vous essayez d’arrêter de fumer par exemple), donc c’est pareil pour vos enfants. Mais d’une manière générale, les enfants retiennent et respectent mieux une règle quand ils la comprennent.
C’est pour cela que je disais plus haut que dans l’éducation bienveillante, on ne demande pas à l’enfant d’obéir bêtement aux règles mais qu’on cherche plutôt sa coopération, son implication. Dans l’éducation bienveillante, on ne demande pas aux enfants d’être des bons petits soldats qui obéissent au doigt et à l’œil mais des personnes responsables, auto-disciplinées et impliquées. L’enfant n’obéit pas parce qu’il a peur de la punition ou de la fessée qu’il va recevoir en cas de transgression mais il respecte la règle parce qu’il la comprend, elle fait sens pour lui.

Autre astuce pour faire respecter les règles : faire en sorte qu’il y en ait le moins possible, allez droit à l’essentiel. Si vous interdisez tout et n’importe quoi à votre enfant, si vous êtes toujours à le reprendre, forcément, il ne vous écoutera pas. Lâchez prise sur certaines choses qui sont finalement sans importance. Laissez vos enfants vivre, respirer et faire face aux conséquences de leur comportement (sauf si danger, évidemment).