lundi 12 décembre 2016

Les préjugés sur l’éducation : l’éducation bienveillante ne prépare pas les enfants à la dure réalité de la vie

 Préjugé numéro deux : l’éducation bienveillante fait croire aux enfants qu’on vit dans un monde de « Bisounours » et ne les prépare donc pas à affronter la dure réalité de la vie.

Déjà, dire que la vie est dure, c’est subjectif, ça dépend des gens et comment ils prennent les choses. Personnellement, je ne considère pas que la vie soit dure mais qu’elle nous envoie des messages pour nous permettre d’apprendre, pour nous améliorer, pour nous dire si on est sur le bon chemin ou non. Mais ça, c'est mon côté spirituel qu'il serait trop long de développer ici...


Alors, je ne sais pas ce que ces personnes appellent « monde de bisounours », mais, moi, je n’ai vraiment pas l’impression de faire vivre mes enfants dans un monde à part : chez moi, il y a des règles, j’en ai déjà parlé plusieurs fois. Mes enfants vont à l’école, à la cantine, à la garderie, chez leurs grands-parents, ont des activités extra-scolaires… et à chaque fois, ils sont confrontés à des personnes différentes et à des règles différentes. Donc, je ne vois pas en quoi mon éducation les prépare mal à la vie future. Ils ne sont pas enfermés 24h/24 7j/7 chez moi et avec moi.

Ceux qui parlent de monde de bisounours sont souvent des parents qui prônent les punitions et autres forment de VEO.
Mais ce mode d’éducation prépare vraiment les enfants à la réalité du monde ? Je ne le crois pas et je vais expliquer pourquoi.

Un enfant éduqué dans les VEO est un enfant qui a de forts risques de développer une faible estime de lui-même, de l’anxiété, d’être soumis ou au contraire de se rebeller contre toute forme d’autorité. Ca prépare vraiment à la vie d’être ainsi ? Non !

Premier exemple concret : lors d’un entretien d’embauche, les employeurs ont le choix entre 2 candidats. Le 1er est diplômé, expérimenté, il a l’air consciencieux dans son travail mais il n’est pas à l’aise, a du mal à se vendre, ça se voit qu’il manque de confiance en lui. Le 2ème candidat est diplômé, moins expérimenté, il travaille sûrement bien, il sait se vendre, il a confiance en lui, ça se voit. Lequel des 2 sera embauché ? Le 2ème ! Car sa confiance en lui inspire de la confiance.
Donc, non, les VEO et les humiliations ne préparent pas les enfants au monde réel, du moins, pas au monde professionnel.

Cette vidéo explique bien cette situation « quand les mots sont la cause des maux » :
https://www.facebook.com/1107750102592551/videos/1207643069269920/

Je me rappelle aussi avoir lu, il y a quelques années, avant d’être maman, une interview de Florence Foresti. Elle parlait de sa fille et disait qu’elle lui faisait beaucoup de compliments, sans doute trop mais que vu le monde où on vit, elle préfère que sa fille soit armée plutôt que complexée. En lisant ça, je me suis dit qu’elle avait entièrement raison : armer nos enfants plutôt que les rabaisser, les humilier et les rendre complexés pour qu’ils affrontent mieux la vie !!!

J’ai un autre exemple à donner, il concerne Marshall Rosenberg, le père de la communication non-violente. Il raconte souvent dans ses livres ou dans ses conférences une anecdote concernant son fils. Après plusieurs années de scolarité dans des écoles pro-CNV, Marshall Rosenberg avait décidé de scolariser son fils dans l’école publique du quartier, pour le préparer à la réalité du monde.
A la fin de la première journée d’école, Marshall Rosenberg demande à son fils comment ça s’est passé et celui-ci répond « mon professeur s’est moqué de moi, il a dit « oh la jolie fille » en me voyant ». Il faut préciser que le fils de Marshall Rosenberg avait les cheveux longs.
Marshall Rosenberg raconte alors qu’il avait envie d’aller voir ce prof et de lui dire sa façon de penser, oubliant là tous ces principes de CNV mais il s’est repris et a demandé à son fils ce qu’il a alors ressenti, et voici sa réponse : « J’ai entendu qu’il était irrité et qu’il voulait que je me fasse couper les cheveux. Je me suis senti vraiment triste pour lui. Il était chauve et les cheveux semblaient être un problème pour lui ! »

Je ne sais pas quel âge avait exactement son fils à ce moment là, je sais juste qu’il avait passé 6 années dans une école CNV avant d’intégrer cette école, donc il devait avoir une dizaine d'années.  

Vous vous rendez compte de la réflexion de cet enfant ?! De sa capacité à mettre des mots sur les émotions des autres ?! De sa capacité à faire preuve d’empathie ?! De sa capacité à entendre des sentiments et des besoins cachés derrière une moquerie ou un reproche ?!
Personnellement, je suis impressionnée !

Vous pensez vraiment que c’est un enfant élevé dans les humiliations et autres VEO qui aurait eu cette capacité de réflexion ? Non ! Un enfant élevé dans les VEO se serrait senti honteux, il aurait été vexé, son estime de lui-même aurait atteint un sacré coup. Peut être aurait-il même pleuré devant la classe ! Ou au contraire, il aurait répondu à la moquerie par de la violence : il aurait insulté son professeur, lui aurait crever les pneus de sa voiture, lui aurait cassé la figure à la sortie de l’école.

Pour qu’un enfant sache écouter comme cela les émotions et les besoins des autres derrière une moquerie, il faut qu’il ait été habitué dès son plus jeune âge à être écouté dans ses émotions et ses besoins.
Pour plus de détails sur l’intelligence émotionnelle, je vous renvoie à mon article à ce sujet : Les émotions : l'importance d'écouter les émotions pour les gérer et les maîtriser

Alors si le monde de bisounours consiste à écouter les émotions et les besoins des enfants et à les respecter en tant qu’enfants et en tant que personnes, si le monde de bisounours permet aux enfants de faire preuve d’empathie vis-à-vis des autres et d’une grande intelligence émotionnelle, si le monde de bisounours permet aux enfants d’avoir une bonne estime d’eux-mêmes, alors, oui, j’élève mes enfants dans un monde de bisounours, et je suis sûre que ça leur rendra service pour affronter leur vie future.

Pour terminer, voici un lien vers un article de Catherine Dumonteil-Kremer sur le même sujet : Bienvenue à Bisounousland