mercredi 4 mai 2016

Violences éducatives : pourquoi une loi civile est nécessaire pour les abolir ? 3ème partie







Pourquoi les français sont contre la loi ?
En France, environ 80% des adultes sont contre une loi qui interdirait les fessées. Il y a plusieurs raisons à cela :

  • ils n’ont connus que les punitions et fessées étant enfants et ne connaissent que cela comme « méthode éducative » (je mets des « » car ce ne sont pas des méthodes éducatives). Ces personnes ont donc l’impression que cette loi va leur interdire non seulement de frapper leurs enfants mais surtout, de les éduquer ! Or, ce n’est absolument pas le cas puisque les outils alternatifs aux punitions et VEO existent et sont efficaces. Encore faut-il faire la démarche de s’informer… Pour cela, il y a beaucoup de solutions : les livres, les sites et blogs Internet de plus en plus nombreux, les groupes facebook, les ateliers sur la parentalité… et oui, devenir parent, ça s’apprend !
  • en France, on croit que si on n’est pas autoritaire, on est forcément laxiste. Une fois de plus, les méthodes alternatives sont très peu connues.
  • en France, on a une grande phobie : l’ENFANT ROI !
  • on estime que l’éducation relève de la sphère privée et que chacun doit pouvoir faire comme il veut chez lui.
  • On ne vit pas au pays des Bisounours.
Il y a vraiment un grand cafouillage dans tout ça : d’abord, parce que comme on l’a déjà vu, les enfants rois ou tyrans ne sont pas des enfants de parents laxistes mais de parents violents. Les enfants tyrans crient et tapent parce qu’ils reproduisent ce qu’ils voient à la maison… Donc ce n’est pas le fait de ne plus frapper nos enfants qui vont les transformer ainsi, au contraire.

Ensuite, parce que contrairement à ce qu’on peut croire, les parents dits laxistes sont également des personnes très violentes ! D’abord, je n’aime pas le terme « laxiste », il donne l’impression de parents qui laissent tout faire à leurs enfants sans limite, or c’est faux. Ce sont des parents qui ont du mal à faire respecter les règles par leurs enfants, qui ont du mal à dire « non » parce qu’ils ont une faible estime d’eux-mêmes et ont peur de perdre l’amour de leur enfant au moindre refus de leur part et ont peur d’être de mauvais parents aux moindres pleurs. Ce sont souvent des parents qui ont été violentés dans leur enfance et qu’ils ne veulent pas reproduire sur leurs enfants ce qu’ils ont vécu, mais du coup, ils ne savent pas comment faire autrement. Ces parents sont plus « perdus » que laxistes. Certes, ces parents laissent beaucoup faire leurs enfants, mais jusqu’à un certain point. Quand les enfants deviennent vraiment insupportables pour les parents, ces derniers deviennent alors autoritaristes et très violents aussi bien physiquement que verbalement. Ils ne sont donc pas si « laxistes » que ça.

De plus, d’où vient cette idée saugrenue que dans notre maison, chacun (ou plutôt les parents) a le droit de faire ce qu’il veut ?!

Un mari a le droit de frapper sa femme sous prétexte qu’il fait ce qu’il veut chez lui ? Non ! Il y a une loi qui l’interdit.

Des parents ont le droit de ne pas soigner ou vacciner leurs enfants sous prétexte qu’ils font ce qu’ils veulent chez eux ? Non, depuis 1945 existe la PMI (protection maternelle et infantile) qui a différents rôles notamment celui d’assurer le suivi médical des enfants de moins de 6 ans (vaccinations, dépistages divers, prévention…). Il y a un certain nombre de visites obligatoires jusqu’aux 6 ans de l’enfant. A partir de 6 ans, c’est le médecin de l’école qui prend le relais. Donc nous ne sommes pas libre de faire ce qu’on veut avec la santé de nos enfants.

Des parents ont le droit de ne pas instruire leurs enfants sous prétexte qu’ils font ce qu’ils veulent chez eux ? Non, l’instruction, qu’elle soit faite en famille ou à l’école est elle aussi obligatoire à partir de 6 ans et est très contrôlée. Donc, là encore, les parents ne font pas ce qu’ils veulent.

Donc pourquoi les parents auraient le droit de frapper leurs enfants sous prétexte qu’il s’agit du domaine privé et qu’ils devraient donc être libres de faire ce qu’ils veulent ? Les enfants sont des êtres humains, pas des objets dont on dispose à notre guise !

Pour finir, pourquoi éduquer les enfants dans la bienveillance reviendrait à les éduquer dans un monde de bisounours ? Catherine Dumonteil-Kremer a écrit un article à ce sujet : « Bienvenue à bisounoursland » : http://www.cdumonteilkremer.com/2014/12/bienvenue-a-bisounoursland.html

Olivier Maurel dans son livre La fessée - Questions sur la violence éducative décrit lui aussi ce que serait un monde où l’on ne frapperait plus les enfants :
« Ce ne serait pas le paradis. La plupart des problèmes qui se posent aujourd’hui se poseraient encore. Mais ils ne seraient plus attisés par la pression de violence que la plupart des adultes portent aujourd’hui en eux depuis leur enfance. Les adultes n’auraient pas appris dès leur plus jeune âge que la violence sur des êtres faibles est un moyen normal de régler les conflits. Chez la plupart des hommes et des femmes, cerveau cognitif et cerveau des émotions auraient pu se développer sans être perturbés par l’effet des coups et des humiliations et seraient mieux harmonisés. Il y aurait sans doute moins de dépressions de maladies, d’accidents, de suicides, et les prisons, les asiles psychiatriques seraient moins remplis. La surconsommation de médicaments s’atténuerait et le trou de la Sécurité sociale se comblerait sensiblement. Chacun pourrait être plus heureux du simple fait d’exister dans avoir besoin de l’ersatz de bonheur qu’est la course à l’avoir, au pouvoir et au paraître qui est en train non seulement de creuser des inégalités scandaleuses entre les hommes, mais aussi de détruire la planète. Les intelligences, moins perturbées par les violentes émotions de l’enfance, pourraient choisir avec plus de lucidité les candidats au pouvoir et mieux les contrôler. Les discours des démagogues et les idéologies aberrantes et cruelles feraient moins recette. Les politiciens portés à la politique du pire seraient moins nombreux et plus rapidement neutralisés. Les capacités d’empathie et de compassion, mieux respectées elles aussi rendraient plus difficiles et peut-être impossibles les persécutions. Les hommes ne battraient sans doute plusieurs compagnes ni leurs enfants. Et les compagnes en question seraient moins portées à se laisser faire parce qu’elles n’y auraient pas été habituées dès l’enfance. En cas de conflits interindividuels ou collectifs, les protagonistes seraient moins portés à des réflexes de violence et plus enclins à chercher des solutions pacifiques intelligentes. Le terrorisme ne serait presque plus qu’un mauvais souvenir, car il y aurait beaucoup moins d’hommes et de femmes transformés en bombes à retardement par les violences subies dans l’enfance. La toxicomanie, l’alcoolisme, le tabagisme diminueraient parce que, plus aptes au bonheur, les hommes auraient moins besoin de paradis artificiels. »

Une fois de plus, la loi que nous demandons est une loi CIVILE et non pénale. Il ne s’agit évidemment pas d’envoyer en prison ou de punir à une peine d’amende les parents qui frappent leurs enfants mais juste de leur faire comprendre que les violences à l’égard des enfants ne sont pas éducatives mais contre-productives (elles ne font que rendre les enfants violents, on l’a déjà vu). Une fois de plus, on peut éduquer les enfants sans les frapper et sans les punir, j’ai déjà mis bon nombre de liens dans l'article précédent.

Beaucoup de pays ont déjà votés une loi interdisant les châtiments corporels (49 dans le monde dont 20 et bientôt 23 pays sur 28 en Europe). Dans certains pays comme la Suède où la loi a été votée il y a plus de 30 ans (en 1979), il est possible de voir les effets positifs sur la société de cette loi. Nous le verrons plus en détail dans le prochain article.

Rappel des articles sur les VEO :
Les violences éducatives ordinaires (VEO)
Ne plus frapper ses enfants, plus facile à dire qu'à faire !
Les effets des châtiments corporels sur le corps et le cerveau des enfants
Les effets des châtiments corporels sur notre psychisme, notre santé, les abus sexuels et les violences conjugales
VEO : pourquoi une loi civile est nécessaire pour les abolir ? 1ère partie
VEO : pourquoi une loi civile est nécessaire pour les abolir ? 2ème partie

Pour aller plus loin, voici quelques livres qui expliquent les effets néfastes des veo et/ou qui proposent des outils pour éduquer sans punir et sans frapper :
La fessée - Questions sur la violence éducative d'Olivier Maurel
Oui, la nature humaine est bonne ! d'Olivier Maurel
La Violence educative : un trou noir dans les sciences humaines d'Olivier Maurel
C'est pour ton bien : Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant d'Alice Miller
Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau de Catherine Gueguen
Une nouvelle autorité sans punition ni fessée de Catherine Dumonteil-Kremer
Agathe et la fessée de Catherine Dumonteil-Kremer (livre pour enfants)
J'ai tout essayé d'Isabelle Filliozat
Il me cherche !: Comprendre ce qui se passe dans son cerveau entre 6 et 11 ans d'Isabelle Filliozat
Eduquer sans punir: Apprendre l'autodiscipline aux enfants de Thomas Gordon
PARENTS EFFICACES de Thomas Gordon
Parents efficaces au quotidien de Thomas Gordon
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber&Mazlish
...et il y en a d'autres encore ! Je ne parle que des livres que j'ai lu.

Il y a aussi les livres de Maria Montessori tels que L'enfant ou sur la pédagogie Montessori comme Apprends-moi à faire seul : La pédagogie Montessori expliquée aux parents de Charlotte Poussin qui peuvent vous aider à poser un autre regard sur les enfants pour changer votre façon de faire vis-à-vis d'eux.

Vous voyez, les outils alternatifs aux punitions et aux veo existent ! Bonne lecture !