lundi 28 décembre 2015

Alternatives aux punitions : exprimer nos besoins et émotions






Une règle d'or en éducation bienveillante est de faire attention à la façon dont on parle aux enfants (pas qu'aux enfants d'ailleurs). J'entends souvent des adultes dire "les enfants aujourd'hui, il ne faut plus rien leur dire !". Bien sur que si on peut tout leur dire, mais il y a l'art et la manière de le dire : sans les culpabiliser ni leur manquer de respect.

La communication non violente de Marshall Rosenberg

La communication non violente a été créée par Marshall Rosenberg, docteur en psychologie clinique dans le milieu des années 60, aux Etats-Unis.

Elle repose sur une méthode qui consiste à exprimer avec honnêteté comment on se sent, sans formuler de reproches ni de critiques :
- Observations : "Lorsque je vois, entends...."
- Sentiments : "...je me sens..."
- Besoins : "...parce que j'ai besoin de..." ou "j'accorde de l'importance à..."
- Demandes : "... et serais-tu d'accord de...?"

Voici une liste des sentiments liés à des besoins satisfaits :
- Etonné
- Plein d'assurance
- Plein d'énergie
- Content
- Inspiré
- Joyeux
- Optimiste
- Soulagé
- Surpris
- Touché
- A l'aise
- Plein d'entrain
- Comblé
- Plein d'espoir
- Intrigué
- Emu
- Fier
- Stimulé
- Plein de gratitude
- Confiant

Voici une liste des sentiments liés à des besoins non satisfaits :
- Fâché
- Désorienté
- Déçu
- Affligé
- Frustré
- Dédespéré
- Irrité
- Nerveux
- Perplexe
- Triste
- Ennuyé
- ¨Préoccupé
- Découragé
- Embarrassé
- Impuissant
- Impatient
- Seul
- Submergé
- Réticent
- Mal à l'aise

Voici une liste des besoins que nous avons tous :
- Autonomie : choisir nos rêves, nos buts et nos valeurs. Choisir des stratégies pour concrétiser nos rêves, nos buts et nos valeurs.
- Célébration : célébrer la vie et la réalisation de nos rêves. Célébrer nos pertes : la perte des êtres proches, la non-réalisation de nos rêves, le deuil...
- Intégrité : authenticité, créativité, sens, estime de soi
- Interdépendance : Acceptation, appréciation, proximité, communauté, considération, contribution à l'enrichissement de la vie, sécurité émotionnelle empathie, honnêteté, amour, réassurance, respect, soutien, confiance, compréhension
- "Nourriture" sur le plan physique : air, nourriture, mouvement, exercice, protection contre les formes de vie menaçantes (virus, bactéries, insectes, animaux prédateurs...), repos, expression sexuelle, abri, toucher, eau
- Jeu : amusement, rire
- Communion d'esprit : beauté, harmonie, inspiration, ordre, paix.

Ces listes des sentiments et des besoins sont tirées du livre Elever nos enfants avec bienveillance : L'approche de la communication non violente de Marshall Rosenberg.

La communication non violente n'est pas facile à mettre en place car ça ne nous paraît pas naturel comme façon de parler... du moins, quand on s'adresse à nos enfants. Car souvent, en cas de conflit avec un enfant, on ne s'adresse pas pareil qu'en cas de conflit avec un adulte.

Voici un autre extrait du même livre :
"Lors des ateliers pour parents que j'anime depuis des années, je commence souvent par séparer le groupe en deux. Je propose aux deux groupes de se réunir dans deux pièces différentes et je demande aux personnes d'écrire sur une grande feuille de papier un dialogue conflictuel entre elles-mêmes et quelqu'un d'autre. J'explique de chaque côté en quoi consiste le conflit, avec l'unique différence que le premier groupe est un conflit avec un enfant et l'autre avec un voisin (...)
Chaque fois que j'ai proposé cet exercice, il s'est avéré que le groupe travaillant la situation de conflit avec un enfant communiquait avec moins de respect et de compassion que celui en conflit avec un voisin. Les participants font ainsi la triste constatation qu'il est très facile de déshumaniser quelqu'un par le simple fait qu'on le perçoit comme "son enfant"".
Ca fait réfléchir !

La deuxième difficulté à cette forme de communication est qu'elle consiste à exprimer ses émotions ou sentiments et ses besoins. Ce n'est pas si évident car on n'a pas tous l'habitude de s'écouter et de mettre des mots (les bons mots) sur ce qu'on ressent... d'où les longues listes que j'ai mis plus haut pour vous permettre de piocher dedans.

Le message "je" de Thomas Gordon

Une autre façon de s'exprimer est tirée de "la méthode Gordon", il s'agit du "message je".
Elle ressemble beaucoup à la méthode de Marshall Rosenberg. La première différence est que la CNV de Marshall Rosenberg s'adresse à tous (aussi bien dans les relations parents-enfants qu'entre adultes) alors que le "message je" ou l'ensemble de "la méthode Gordon" est vraiment axée sur les relations entre les parents et les enfants.

La deuxième différence est que dans le "message je", on ne fait pas de demande, on laisse à l'enfant la responsabilité de modifier son comportement inacceptable.

Je cite des extraits du livre EDUQUER SANS PUNIR de Thomas Gordon :
"Un message "je" est un message qui ne véhicule ni reproche ni jugement et exprime ce que l'adulte ressent face à un comportement inacceptable. En voici des exemples :
"Lorsque le volume de la télévision est trop élevé, je ne peux pas parler avec Jacinthe"
"Je crains bien de ne pas pouvoir apprécier les fleurs que j'ai semées si on les piétine"
"Lorsqu'il y a autant de bruit dans la classe, je n'entends pas ce que chacun dit"
"Lorsque j'attends aussi longtemps que tu te prépares pour l'école, j'arrive en retard au travail".
(...)
Le message "tu" formule le message des adultes qui jugent que les enfants "se comportent mal". Exemples :
"Tu dois bien savoir que tu ne dois pas faire cela"
"Cesse ce bruit ou je t'envoie dehors"
"Tu devrais avoir honte"
"Tu me rends folle"
"Si tu ne ranges pas tes vêtements, tu auras une fessée"
(...)

Les messages "je" incitent l'enfant à modifier son comportement de lui-même, par égard pour les autres. Les enfants qui ne sont pas rabaissés ni blâmés pour leur conduite sont davantage prêts à aider les autres et à modifier le comportement qui pose un problème à quelqu'un.

Il en va tout autrement des messages "tu" qui mettent les enfants sur la défensive et les incitent à résister. En outre, les messages "tu" détruisent l'estime de soi des enfants. Pas étonnant alors que les jeunes se vengent en renvoyant des messages "tu" de leur cru, envenimant ainsi une situation qui débouche sur des peines, des larmes, des portes claquées ou des menaces de punition."

En résumé, il faut parler à nos enfants comme on aimerait qu'on nous parle. N'oublions pas que les enfants prennent exemple sur nous : nous ne pouvons pas demander à nos enfants qu'ils nous parlent bien si nous même leur parlons mal.

Pour aller plus loin, voici quelques livres de Thomas Gordon :
PARENTS EFFICACES
Parents efficaces au quotidien
EDUQUER SANS PUNIR
et quelques livres de Marshall Rosenberg :
Les mots sont des fenêtres (ou bien ce sont des murs) : Introduction à la Communication Non Violente
Elever nos enfants avec bienveillance : L'approche de la communication non violente