lundi 18 avril 2016

VEO : Ne pas frapper ses enfants, plus facile à dire qu'à faire







Après mon article pour expliquer ce que sont les VEO,, nous allons voir ici pourquoi il est si difficile de ne pas frapper ses enfants et comment faire quand ON EN A MARRE !!!!
Je ne vais pas rentrer dans le détail concernant le lien entre les VEO et la psychanalyse, pour cela, il y a un très bon article sur le blog des « supers parents » : http://www.les-supers-parents.com/sigmund-freud-et-notre-obsession-a-poser-des-limites-aux-enfants/. Je ne parle pas non plus du rôle de la religion, une fois de plus vous trouverez tous les détails très intéressants dans les livres d’Olivier Maurel, La fessée - Questions sur la violence éducative et Oui, la nature humaine est bonne !
C’est sur qu’avec de telles cultures, il est difficile de changer les mentalités.
Mais contrairement à ce qu’on pourrait croire, les parents n’ont pas toujours frappé leurs enfants !
Olivier Maurel mais aussi Matthieu Ricard dans son livre Plaidoyer pour l'altruisme parlent des peuples des chasseurs-cueilleurs qui ne pratiquaient pas les VEO ni les violences en général, vous trouverez ici un article qui en parle: http://www.letemps.ch/societe/2015/01/23/violence-aurait-toujours-existe

La psychanalyse est encore très présente dans la culture française et on ne vit plus comme au temps des chasseurs-cueilleurs : aujourd’hui, il y a le stress de la vie quotidienne, les familles éclatées, on est plus fatigué, plus seuls et il est difficile dans ces conditions de garder notre calme, même face aux comportements normaux de nos enfants. Et surtout, on a tous ou presque reçu des fessées, des claques et peut être pire encore. Difficile de ne pas reproduire le schéma. Pourquoi ? Alice Miller faisait partie de ceux qui en parlent le mieux. Mais comme je n’ai pas encore lu ses livres (c’est pour bientôt), je vous cite certains de ses propos que l’on retrouve dans les livres d’Olivier Maurel et Catherine Gueguen :
« Je vois les racines de la violence et de la destructivité de l’adulte dans les traumatismes et les carences qu’il a subis et refoulés dans son enfance.
J’ai peu à peu acquis la certitude, par mes patients, que les blessures subies pendant l’enfance se transforment à l’âge adulte en destructivité. J’ai été de plus en plus convaincue que mes patients avaient subi des enfances très malheureuses mais qu’ils ne pouvaient pas admettre cette vérité. Ils idéalisaient leurs parents et se cachaient la vérité à eux-mêmes aussi bien qu’à moi.
Je pense qu’on peut éviter la destructivité si on traite les enfants dès le début avec respect, amour et protection.
Vous pouvez dire à un enfant qu’il doit se sentir responsable et ne pas tuer un autre enfant. Mais vos sermons seront vides de sens et tout à fait inefficaces envers un être qui n’a jamais appris l’empathie pour autrui, parce que personne n’a eu d’empathie pour lui. Il n’a appris que la cruauté, et c’est cela qu’il met en pratique. Les parents ont exercé sur eux le pouvoir et non la responsabilité.
C’est dangereux de substituer les principes moraux aux sentiments d’empathie. Là où il n’y a que cruauté et manque d’empathie, vous ne pourrez jamais obtenir autre chose que l’obéissance et la destructivité cachée, avec ou sans principes moraux. C’est pourquoi on bat encore les enfants dans certaines écoles religieuses et on espère pouvoir obtenir des enfants et des adultes responsables par les châtiments corporels. C’est tout à fait absurde parce que c’est le contraire qui se produit.
La vraie autorité n’a pas besoin des coups ou des claques pour se montrer forte et pour aider l’enfant. C’est le contraire. On donne des coups et des claques si on se sent faible et impuissant. Dans ce cas, on ne montre pas à l’enfant l’autorité, mais le pouvoir et l’ignorance. »
« Nous devons accepter de voir que jadis nous avons été des victimes pour pouvoir sortir un jour du jeu bourreau-victime et abandonner l’un comme l’autre rôle. »

Olivier Maurel aussi en parle dans son livre La fessée - Questions sur la violence éducative. Il explique l’origine du syndrome de Stockholm et fait le lien avec les enfants frappés qui, une fois devenus parents, frappent à leur tour leurs enfants. « Les adultes qui ont été frappés éprouvent dans leur majorité beaucoup de réticence à l’égard de ceux qui soutiennent que les coups qu’ils ont reçus ne leur ont pas été nécessairement bénéfiques. Le mécanisme psychologique en question ici est celui qu’on appelle l’identification à l’agresseur ; il consiste à s’identifier à la personne dont on est victime, à l’imiter physiquement ou moralement et à adopter certains symboles de puissance qui le caractérisent, notamment le comportement par lequel on a été agressé, en l’occurrence, la violence éducative ».

En résumé, pour ne pas frapper nos enfants, cela nécessite de remettre en question l’éducation que nous avons reçue de nos parents, ce qui est très difficile pour beaucoup d’entre nous. Il ne s’agit pas d’ouvrir les hostilités et de leur en vouloir. Non, il s’agit de reconnaître que nos parents ont agi ainsi parce qu’ils pensaient vraiment bien faire, reconnaître qu’ils n’ont pas été des parents parfaits (car des parents parfaits, ça n’existe pas) et comprendre qu’ils ont agi ainsi avec nous parce qu’eux-mêmes ont été frappés par leurs propres parents et ont reproduit le schéma sans se poser de questions plus que ça car ils pensaient vraiment nous frapper « pour notre bien ». C’est ce qu’on appelle « guérir son enfant intérieur », Isabelle Filliozat (et d’autres auteurs) en parle dans certains de ses livres, notamment IL N Y A PAS DE PARENTS PARFAITS, QUE SE PASSE T-IL EN MOI et JE T'EN VEUX JE T AIME. J’en parlerai plus en détail dans d'autres articles.

Aujourd’hui, grâce aux neurosciences, nous savons qu’il est néfaste pour le cerveau de nos enfants de les frapper et également de les punir.

En cas d’ « envie pressante » de frapper votre enfant, il existe des solutions : http://apprendreaeduquer.fr/parentalite-7-trucs-pour-eviter-la-violence-quand-on-a-envie-de-frapper-par-isabelle-filliozat/
Colère des parents : le kit d'urgence
Comment garder son calme en toute circonstance ?

Olivier Maurel dans son livre La fessée - Questions sur la violence éducative donne lui aussi 12 principes utiles pour éviter la violence éducative (plusieurs sont inspirés des « dix alternatives aux punitions » de Jane Hunt) :
  • Avoir pris la décision de ne pas frapper.
  • Connaître les effets des punitions corporelles sur les enfants.
  • Aménager l’espace de vie de l’enfant de manière à ne pas âtre obligé de lui poser constamment des interdits.
  • Pratiquer la règle d’or : traiter l’enfant comme vous voudriez être traité dans les mêmes circonstances.
  • Accueillir tous les sentiments de l’enfant, même s’ils paraissent négatifs, la jalousie par exemple. Il n’a pas le droit de frapper son petit frère, mais ce sont ses sentiments et il a le droit de ne pas l’aimer.
  • Dans les situations de conflit, chercher autant que possible des solutions gagnant-gagnant, et non pas gagnant-perdant, qui satisfassent les besoins (pas obligatoirement les désirs !) de chacun.
  • Prendre l’habitude d’identifier la raison des conflits pour essayer de les prévenir plutôt que d’avoir à les guérir.
  • Proposer des diversions : un dessin, une histoire, un jeu dans la baignoire, une promenade pour sortir des situations devenues trop difficiles.
  • Se demander : Est-ce que je pourrai plus tard rire de cette situations ? » Si oui, pourquoi ne pas en rire tout de suite ? L’humour peut transformer beaucoup de situations éprouvantes : « Oh non ! Vous vous êtes peints en vert au moment de partir chez Papi et Mamie… Attendez, laissez-moi prendre la caméra ! »
  • Connaître ses propres limites et rester ferme sur les points où elles sont atteintes.
  • Savoir passer le relais au conjoint.
  • Appeler à l’aide ne serait-ce que pour confier son désarroi : une amie au téléphone, sa mère, les participants à une liste de discussion sur internet où vous savez que vous trouverez des oreilles attentives, bienveillantes et qui pourront peut-être proposer une solution.
Nous verrons dans les articles suivants les effets des châtiments corporels sur les enfants… vous n’en croirez pas vos yeux !

Pour aller plus loin, voici quelques livres qui parlent des VEO et/ou proposent des alternatives :
La fessée - Questions sur la violence éducative d'Olivier Maurel
Oui, la nature humaine est bonne ! d'Olivier Maurel
La Violence educative : un trou noir dans les sciences humaines d'Olivier Maurel
Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau de Catherine Gueguen
Vivre heureux avec son enfant de Catherine Gueguen
Agathe et la fessée de Catherine Dumonteil-Kremer
Une nouvelle autorité sans punition ni fessée de Catherine Dumonteil-Kremer
Elever son enfant...autrement (nouvelle édition) de Catherine Dumonteil-Kremer
Poser des limites à son enfant et le respecter de Catherine Dumonteil-Kremer
C'est pour ton bien : Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant d'Alice Miller
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