vendredi 22 avril 2016

VEO : Les effets des châtiments corporels sur le corps et le cerveau des enfants






Nous avons déjà vu ce que nous appelons violences éducatives ordinaires et à quel point elles sont fréquentes en France et dans le monde.
Nous avons vu également pourquoi il est si difficile pour les parents de ne pas frapper leurs enfants et comment faire pour ne pas en arriver là.
Nous allons voir maintenant les effets de ces VEO sur le corps des enfants et leur cerveau. Le célèbre "argument" de beaucoup de français : "une bonne fessée n'a jamais fait de mal à personne" va en prendre un sérieux coup !
Et encore, vous ne serez pas au bout de vos surprises car dans le prochain article, je parlerai des effets des veo sur notre psychisme, notre santé, sur les abus sexuels sur enfants et sur la violence conjugale ! N'hésitez donc pas à partager autour de vous tous ces articles sur les veo car même si on ne peut convaincre personne, on peut (doit même) informer les gens sur les effets très néfastes des veo.

Effets des châtiments corporels sur le corps

Dans ces livres La fessée - Questions sur la violence éducative et Oui, la nature humaine est bonne !, Olivier Maurel explique les blessures que l’on peut causer quand on frappe un enfant. Tout le monde aujourd’hui sait qu’il ne faut pas secouer un bébé : il risque de perdre la vue, d’être atteint de lésions irréversibles au cerveau ou peut même mourir.

Mais qui connaît les véritables risques quand on donne une gifle, une fessée ou même une tape sur la main ? Pas grand monde et pourtant ces risques sont bien réels.
- Une gifle peut perforer le tympan d’un petit enfant ou provoquer des traumatismes oculaires !
- Quand on tire un enfant par le bras, celui-ci peut se luxer !
- La fessée, loin d’être aussi inoffensive que certains veulent le faire croire peut atteindre le nerf sciatique, le coccyx (il peut être disloqué) et les organes sexuels (contusions surtout si on frappe avec un objet tel un bâton).
- Les tapes sur les mains ne sont pas inoffensives elles non plus : selon Jordan Riak, responsable d’une association américaine contre la violence à l’école, « les mains des enfants sont particulièrement vulnérables parce que les ligaments, les nerfs, les tendons et les vaisseaux sanguins sont juste sous la peau qui ne comporte aucun tissu protecteur sous-jacent. Frapper les mains des enfants très petits est spécialement dangereux pour les plaques de croissance des os qui, si elles sont endommagées peuvent causer des déformations ou des perturbations. Frapper les mains des enfants peut aussi causer des fractures, des dislocations et postérieurement, entraîner le développement prématuré d’ostéo-arthrite. »
- Obliger un enfant à rester agenouillé sur une règle ou un manche à balai peuvent distendre à vie les tendons des genoux.
- Des enfants à qui on interdit longtemps d’aller aux toilettes peuvent plus tard être atteints de troubles urinaires ou même de troubles sexuels.
- La douche froide (c'est plus une maltraitance qu'une veo mais c'est plus fréquent qu'on le croit donc j'en parle ici) peut provoquer un choc thermique et tuer l’enfant !

Effet des châtiments corporels sur le cerveau

Concernant le développement du cerveau des enfants, je cite Olivier Maurel dans la La fessée - Questions sur la violence éducative : « On sait désormais qu’à la naissance, le cerveau des enfants et leur système nerveux sont inachevés et qu’ils se construisent tout au long de leur enfance. (…).
Au fur et à mesure que l’enfant fait des expériences, les connexions utilisées entre les neurones se renforcent. Celles qui ne le sont pas disparaissent ainsi qu’une partie des neurones. L’éducation et, si c’est le cas, la violence éducative, s’inscrivent littéralement dans le tracé des circuits de neurones. Des expériences fréquentes de stress causées par la violence éducative ne forment pas dans un cerveau d’enfant les mêmes circuits que la confiance dans ses proches. (…).
Quand le cerveau est soumis pendant son développement à un stress trop fréquent, et qui ne peut pas s’évacuer dans la fuite ou l’autodéfense, les capacités du cerveau sont diminuées, le développement des neurones se fait mal, et certains neurones sont même atteints de lésions. »

Catherine Gueguen dans Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau et Olivier Maurel expliquent (par le biais d’études sur le cerveau par IRM) que les enfants qui subissent diverses punitions corporelles ont un cortex orbito-frontal (COF) plus petit que les enfants n’ayant pas subi de violences corporelles. Le COF permet le contrôle de nos émotions et gère également notre vie relationnelle. Les enfants frappés ont donc plus de difficultés dans leur vie sociale.

D’autres études ont révélé que l’hippocampe est diminué chez les enfants maltraités. L’hippocampe occupe une place majeure dans les apprentissages et la mémoire.
L’amygdale, qui sert à traiter la peur, est quant à lui plus volumineux chez les enfants frappés que chez les enfants qui ne le sont pas.

Je cite Olivier Maurel dans La fessée - Questions sur la violence éducative : « Normalement, la partie antérieure du cerveau, le cortex orbitofrontal, maintient à un niveau modéré les tendances agressives qui peuvent s’avérer nécessaires pour l’autodéfense de l’individu. Mais lorsque cette partie du cerveau est altérée par des traumatismes, elle ne joue plus ce rôle modérateur. C’est comme si les tendances agressives n’avaient plus de frein. Parallèlement, une autre partie du cerveau est stimulée, l’amygdale, impliquée dans les réactions émotionnelles. Autrement dit, quand on fait subir des traumatismes à un enfant, on dope son moteur de violence et on affaiblit ses freins ».

Et concernant notre cerveau, que se passe-t-il quand nous frappons ?

Là encore, Olivier Maurel en parle dans son livre La fessée - Questions sur la violence éducative : lorsque nous frappons pour la première fois, nous commençons à tracer dans notre cerveau ce que les neurologues appellent un chemin neuronal. « Lorsqu’un neurone est stimulé et qu’il stimule à son tour d’autres neurones, explique-t-on sur le site psychologiepsyblogs.net, l’ensemble se renforce, et devient plus clair. Un message chimioélectrique nouveau en amont, aura une probabilité plus élevée de suivre le même chemin, jusqu’à ce que finalement les connexions avec les autres neurones s’affaiblissent, parfois au point de dégénérer. Seul le chemin le plus utilisé sera fort, précis et rapide ». Cela signifie que quand on frappe notre enfant, on prépare un chemin neuronal et la claque suivante viendra plus facilement, plus rapidement, et c’est ainsi qu’on créé une habitude.

Cela est très dangereux car cela signifie qu’à partir du moment où on a frappé une fois, on risque de frapper de plus en plus souvent, de plus en plus fort… et c’est comme ça que certains parents en arrivent à la maltraitance. Les parents qui maltraitent leurs enfants ont tous commencé par une fessée ou une claque de temps en temps, sachons-le et disons-le aux parents qui prétendent qu’il y a une différence entre une fessée de temps en temps et la maltraitance.

Je précise qu'aussi bien dans les livres d'Olivier Maurel que dans celui de Catherine Gueguen, il est considéré comme "fréquent" le fait de donner 2 fessées ou plus par mois à un enfant. Donc les effets cités plus haut concernent également les enfants dont les parents donnent une fessée "de temps en temps" en s'imaginant que "c'est pour leur bien" ou que "ça ne fait de mal à personne".
Nous verrons d’ailleurs dans le prochain article que, sur notre psychisme et notre santé, il n’y a pas de différence entre une fessée de temps en temps et la maltraitance. Vous n’êtes pas au bout de vos surprises !

Pour aller plus loin sur les effets des veo sur les enfants :
La fessée - Questions sur la violence éducative d'Olivier Maurel
Oui, la nature humaine est bonne ! d'Olivier Maurel
Pour une enfance heureuse : repenser l'éducation à la lumière des dernières découvertes sur le cerveau de Catherine Gueguen
C'est pour ton bien : Racines de la violence dans l'éducation de l'enfant d'Alice Miller