mercredi 11 novembre 2015

L'éducation bienveillante est-elle culpabilisante ?

 Voilà un mythe sur l'éducation bienveillante que je vais essayer de casser : l'éducation bienveillante serait culpabilisante pour certains parents.

Aujourd'hui, on sait grâce aux neurosciences comment éduquer et comment parler aux enfants. On sait qu'il ne sert à rien de les punir et de les frapper. On sait qu'il faut faire attention à notre façon de leur parler (éviter les messages "tu" accusateurs)...

Mais voilà, certains parents n'arrivent pas à mettre tout cela en place et cela les culpabilise car ils ont alors l'impression d'être des mauvais parents qui traumatisent leurs enfants.

Mais qu'est-ce qu'un mauvais parent, qu'est-ce qu'un bon parent ?

Une phrase importante à retenir : "Les parents "malveillants" n'existent pas : nous souhaitons tous le bonheur et le bien être de nos enfants. Les parents sont tous "bienveillants"... mais ils sont aussi bien maladroits" (Sophie Benkemoun fondatrice de l'Atelier des parents). Après, tout, on ne nous a pas appris à l'école comment faire pour éduquer des enfants ! Nous reproduisons ce que nous avons connu enfant, et nos parents eux-mêmes ont reproduit sur nous la façon dont ils ont été élevés etc, etc...

Donc forcément, il n'est pas évident aujourd'hui de ne pas punir nos enfants alors que c'est comme cela que nous avons été éduqués et que c'est donc le seul schéma éducatif que nous connaissons.

Nous devons "casser" ça et ce n'est pas facile ! Etre parent aujourd'hui est beaucoup plus difficile qu'être parent hier : aujourd'hui, nous "élevons" nos enfants, nous les accompagnons, là où hier on nous dressait. Donc stop la culpabilité !

Il faut tout un village pour élever un seul enfant (proverbe africain)

Ce proverbe à lui seul peut aussi nous aider à déculpabiliser. Là où dans certains cultures, notamment africaines, toute la société aide les parents dans leur rôle d'éducateur, dans d'autres comme la France, il n'y a que les parents, parfois même qu'un seul parent pour élever un ou plusieurs enfants ! Il faut bien le reconnaitre, nous ne sommes pas du tout solidaires entre nous et pourtant, en tant que parents, nous sommes tous dans la même galère ! On est plus du genre à juger les autres parents qu'à les aider. Pourtant, comme le dit Isabelle Filliozat, une simple phrase pleine d'empathie comme "pas facile, hein, quand ils se mettent à crier" peut tout changer pour les parents : au lieu de se sentir jugés, ils vous se sentir compris et écoutés, et surtout, ils vont réaliser que tous les parents connaissent les mêmes problèmes : tous les enfants ont une période d'affirmation où ils veulent tout faire tout seul, ou ils disent "non" à tout, où ils font des colères... et oui, tous les parents connaissent cela, même si certains ne vont pas l'avouer en public ! Donc là encore, stop la culpabilité : des enfants parfaits n'existent pas et des parents qui ne rencontrent aucune difficulté non plus !

Avant d'avoir des enfants, nous sommes tous d'excellents parents ! (Isabelle Filliozat)

Moi la première ! Combien de fois je me suis dit en voyant certains enfants "mais les parents n'ont vraiment aucune autorité !", "quand j'aurai des enfants, ça ne se passera pas comme ça : quand je dirais "non", ça sera "non"", "mes enfants marcheront aux pas"...
Sauf que maintenant que je suis maman, je m'aperçois que ce n'est pas si facile ! Les enfants ne sont pas des machines, il ne suffit pas d'appuyer sur le bouton "arrêt" pour qu'ils arrêtent ou dorment, ou sur un autre bouton pour qu'ils rangent leurs jouets, et encore un autre pour qu'ils aillent sur le pot... Et non, les enfants sont des êtres humains, et comme pour n'importe quel être humain, on ne peut pas les forcer à faire quoi que ce soit. Vous l'avez sans doute remarqué vous aussi : plus vous vous énervez après votre enfant, moins il en fait ; alors que si vous lui demandez gentiment, calmement, il fait sans problème...
Il faut accepter de ne pas être dans le contrôle, il faut arriver à lâcher prise sur l'enfant, à lui faire confiance, et ça change tout nos rapports avec lui.

L'éducation bienveillante commence par être bienveillant avec soi

Très important : on ne peut pas être bienveillant avec nos enfants si on ne l'est pas avec soi même. Cela nécessite entre autre à arrêter de culpabiliser : nous ne sommes pas de mauvais parents, les parents parfaits n'existent pas ! Que nous soyons dans l'autoritarisme, la bienveillance ou le laxisme, nous ne serons jamais des parents parfaits !
Certains parents que l'éducation bienveillante fait culpabiliser disent "vous êtes bien gentils avec vos neurosciences et votre bienveillance, mais moi,je suis un être humain, pas une machine, donc parfois, oui, je m'énerve !". Mais on n'a jamais dit qu'être un parent bienveillant consiste à n'avoir aucune émotion ! Bien sur que parfois nous sommes énervés, c'est humain ! Mais ce qu'il est important de comprendre, c'est d'où vient cet énervement ou cette colère : du comportement de nos enfants ? Vraiment ? Ca ne viendrait pas plutôt du fait que nous sommes fatigués, ou stressés par notre travail ? Parce que nous nous sommes disputés avec notre conjoint ou avons eu une remarque par notre patron ?

Mais puisque nous sommes des êtres humains avec nos émotions et notamment notre colère, je vais vous montrer qu'il y a différentes façons de le dire aux enfants qui n'ont pas les mêmes répercussions sur eux. Imaginez que je vous dise "tu me fatigues, fout-moi la paix !" ou "je suis fatiguée, j'ai besoin d'être tranquille pendant quelques minutes, après, je serai reposée et je pourrai jouer avec toi". Admettez que la 2ème phrase est plus agréable à entendre que la 1ère ! C'est parce qu'il s'agit d'un message "JE" où je parle de mon ressenti et non d'un message "TU" qui culpabilise l'autre.

Donc être bienveillant ne consiste pas à se transformer en machine mais à s'exprimer autrement. Ce n'est pas facile au début car ce n'est pas naturel pour nous. Mais en se forçant et avec le temps, ça devient vite une habitude.

Si par malheur le message "tu" vous a échappé, n'en faites pas un drame. Là encore, stop la culpabilité ! Une fois apaisé, revenez vers votre enfant et expliquez lui que vous vous êtes énervé après lui, que vous le regrettez, que ce n'était pas de sa faute et laissez-le exprimer son ressenti (est-ce qu'il a eu peur par exemple). Vous pouvez aussi trouver un truc entre vous : par exemple, la prochaine fois que vous vous énervez après votre enfant et que vous lui faites peur, il vous fait une grimace, c'est votre signal pour que vous vous dites "là, je lui fais peur, j'arrête, je me calme". Il y a d'autres outils pour garder ou retrouver son calme.

Enfin, prenez du temps pour vous, sans les enfants et là encore, sans culpabiliser ! Vous passerez peut être moins de temps avec eux mais il sera de meilleur qualité car vous serez plus détendu.

Sachez enfin, que les changements se font tout doucement, et non miraculeusement du jour au lendemain. Donc laissez le temps au temps sans vous mettre de pression.