vendredi 10 juin 2016

Les enfants et les étiquettes





J’ai déjà mis sur ce blog les notes que j’ai pris lors d’une conférence sur l'estime de soi des enfants

Dans cet article, je vais revenir plus en détail sur un point très important qui peut jouer sur l’estime de soi de nos enfants : les étiquettes que nous leur donnons.

Nous savons qu’il ne faut pas juger les enfants, qu’il ne faut pas faire de comparaisons… mais, souvent inconsciemment, nous leur mettons des étiquettes, positives ou négatives : « il est colérique », « elle est timide », « il est très intelligent »… Le problème de ces étiquettes est qu’elles constituent un jugement avec lequel on qualifie l’enfant et cela risque de lui coller à la peau pendant très longtemps. Or ce jugement, comme tous les jugements, n’est pas la réalité et enferme l’enfant dedans ! La réalité c’est de dire à l’enfant « tu es en colère » quand il fait une colère et non « tu es colérique » ce qui implique qu’il EST colérique, l’enfant se dit alors « je DOIS être colérique car c’est ce que mes parents disent que JE SUIS ».

Même une étiquette positive comme « tu es intelligent » est lourde à porter car elle met beaucoup de pression à l’enfant. L’enfant EST intelligent donc il se dit qu’il doit tout le temps l’être !

Mettre une étiquette à un enfant ne lui permet pas de prendre conscience des conséquences de ses actes, elles ne permettent pas à l’enfant de développer son sens des responsabilités. Au contraire, elles ont un pouvoir de prédiction : à force de dire à l’enfant qu’il est un menteur ou brutal, il finira par l’intégrer comme un trait de sa personnalité et se comportera effectivement comme tel.

Comment aider un enfant à se débarrasser de son étiquette ?

Dire à l’enfant "Avant, je disais souvent que tu étais ________________________, peut-être que tu te sens obligé d’être_________________ tout le temps, parce que sinon, tu aurais peur que je ne t’aime plus."
Ecouter l’enfant, demander « Quand je te dis que tu es _____________________, qu’est-ce qui se passe dans ton corps ? Qu’est-ce que tu te dis dans ta tête ? Qu’est-ce que tu ressens dans ton cœur ? »
Puis, on va donner la permission à l’enfant d’être autrement : « Tu as le droit de _______________ (d’avoir peur des araignées par exemple) et cela n’enlève rien au fait que tu sois ____________________ (courageux) et que je t’aime !».
Une étiquette peut aussi générer de la honte, donc il n’est pas si évident que ça pour l’enfant d’en parler pour s’en débarrasser, c’est pourquoi il est important de partager la honte avec lui en lui relatant un moment où nous aussi, nous avons connu un moment difficile : « Regarde, là tout de suite, j’ai ____________________________ (crier parce que j’ai vu une souris) alors que je suis___________________ (courageuse). J’ai le droit de ___________________________ (d’avoir peur des souris). Cela ne m’enlève rien, cela ne change pas ma personne. »

On peut également partager avec nos enfants une étiquette que nos parents nous avaient collés quand on était petit : « moi, quand j’étais petite, papi et mamie disaient de moi que j’étais timide. Je n’aimais pas ça car ça m’empêchait d’aller vers les autres même quand j’en avais envie. J’avais l’impression que je n’avais pas la permission, pas le droit d’aller vers les autres parce que selon eux, j’étais timide, alors que j’avais simplement parfois besoin de temps pour aller vers les autres… ».

Dans leur livre Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent Faber&Mazlish proposent elles aussi des outils pour aider l’enfant à se dégager d’un rôle qui l’empêche de s’épanouir :
- Rechercher les occasions de lui présenter une nouvelle image de lui-même. Par exemple, au lieu de dire de notre enfant qu’il est un destructeur, lui faire remarquer que tel jouet à l’air presque neuf alors qu’il l’a depuis plusieurs années.
- Le placer dans des situations qui lui permettent de se voir d’un œil différent. Par exemple, demander à un enfant qui se croit maladroit de faire du bricolage avec nous.
- Faire en sorte qu’il nous entende dire des choses positives à son sujet.
- Donner nous-même l’exemple du comportement que nous souhaitons lui inculquer. Par exemple, ranger nos affaires, nous montrer bon perdant…
- Lui rappeler les fois où il était content de lui ou ce qu’il sait faire.
- Exprimer nos sentiments ou nos attentes vis-à-vis de lui : « Même si tu es très décu, je m’attends à ce que tu sois bon perdant ».

En faisant ainsi, non seulement nous aidons nos enfants à se débarrasser de leurs étiquettes, mais nous apprenons nous aussi à nous débarrasser des nôtres qu’on traîne depuis notre enfance. Se débarrasser de nos étiquettes peut nous éviter de les transmettre à nos enfants et nous permet de nous accepter tels que nous sommes vraiment et de mieux accepter nos enfants également.

En effet, si nous traînons depuis notre enfance une étiquette de « maladroit », il y a de forts risques pour que nous n’aimions pas le côté « maladroit » qui est en nous. Et il est également fort possible que nous nous énervions après notre enfant à chaque fois qu’il renverse son verre !

Bien sur, toutes ces étapes ne se font pas en 10 minutes. Déconstruire une étiquette peut prendre plusieurs jours voire plusieurs semaines.

Attention, dans cet article, je parle bien des « étiquettes » qu’on donne à nos enfants, je ne parle en aucun cas des diagnostics médicaux tels que TDAH, HPI, troubles dys… où là, effectivement, le fait de mettre un mot ou de poser un diagnostic sur le comportement de l’enfant peut aider les parents et l’enfant à mieux le comprendre et mieux l’accepter. Quoi que, là aussi, il convient de faire attention pour que le diagnostic ne se transforme pas en étiquette qui handicapera l’enfant au lieu de l’aider...