lundi 7 mars 2016

Susciter la coopération de l'enfant : pourquoi les méthodes traditionnelles ne fonctionnent pas ?







Nous avons vu dans un précédent article qu’il n’est pas bon pour les enfants d’apprendre à obéir, il vaut mieux alors chercher à susciter leur coopération. Oui, mais comment ?
Souvent, nous les adultes, nous avons des manières un peu (voire très) maladroites pour amener les enfants à coopérer. Nous pensons bien sûr agir pour leur bien, nous leur disons tout cela pour les « secouer », pour qu’ils agissent dans le bon sens. Oui, mais ça ne marche pas ! Pourquoi ?
Pour cet article, je vais m’appuyer sur le livre de Faber et Mazlish : Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent

Dans ce livre, elles citent les méthodes traditionnelles fréquemment utilisées par les parents pour susciter la coopération des parents en expliquant pourquoi elles ne fonctionnent pas.
Voici cette liste avec quelques exemples. Essayez de vous mettre dans la peau d’un enfant qui se prend de plein fouet ces remarques et essayez de noter ou de cerner ce que vous ressentez. Est-ce que ça vous donne envie de « bouger » ? Vous remarquerez que certains points de cette liste ressemblent beaucoup aux 12 obstacles à la communication de Thomas Gordon.

Blâmer et accuser

« Tu as encore laissé tes traces de doigts sur la porte ! Pourquoi fais-tu toujours ça ? Qu’est-ce qui te prend ? Pourrais-tu faire les choses correctement pour une fois ? Combien de fois faudra-t-il te dire de te servir de la poignée de la porte ? Ce qui ne va pas chez toi, c’est que tu n’écoutes jamais ».

Lancer des injures

« Il fait un froid de canard aujourd’hui et tu portes une petite veste ! Comme tu peux être bête ! C’est vraiment ridicule ce que tu fais-là. »
« Tiens, laisse-moi réparer le vélo à ta place. Tu es nul en mécanique. »
« Regarde ta façon de manger ! Tu es dégoûtant. »
« Il faut être vraiment malpropre pour garder une chambre aussi crasseuse. Tu vis comme un animal. »

Menacer

« Touche cette lampe encore une fois et tu vas recevoir une claque ! »
« Si tu ne recraches pas ce chewing-gum tout de suite, je vais t’ouvrir la bouche et le retirer moi-même ! »
« Si tu n’as pas fini de t’habiller avant que j’aie terminé de compter jusqu’à 3, je pars sans toi ! »

Donner des ordres

« Nettoies ta chambre immédiatement ! »
« Aide-moi à entrer les paquets. Dépêche-toi ! »
« Tu n’as pas encore sorti les ordures ? Fais-le tout de suite ! Qu’attends-tu ? Allez, grouille-toi ! »

Sermonner, faire la morale

« Penses-tu que c’était gentil de m’arracher ce livre des mains ? Tu ne te rends pas compte de l’importance des bonnes manières. Essaie de comprendre : si nous voulons que les gens soient polis envers nous, alors il faut être polis envers eux. Tu n’aimerais pas que quelqu’un t’arrache les choses des mains, n’est-ce pas ? Alors il ne faut pas le faire aux autres. Il faut faire aux autres ce que nous voudrions qu’ils nous fassent. »

Donner des avertissements

« Fais attention ! Tu vas te brûler. »
« Sois prudent ! Tu te feras renverser par une auto ! »
« Ne monte pas là ! Tu tiens à tomber ? »
« Mets ta veste, sinon tu vas attraper un mauvais rhume. »

Jouer les martyrs

« Allez-vous cesser de crier, vous deux ? Qu’essayez-vous de me faire ? Me rendre malade ? Me faire avoir une crise cardiaque ? »
« Attendez d’avoir des enfants vous aussi. Vous verrez alors ce que c’est, l’exaspération. »
« Tu vois ces cheveux gris ? C’est à cause de toi. Tu vas me faire mourir. »

Faire des comparaisons

« Pourquoi tu ne fais pas comme ton frère ? Son devoir est toujours terminé à l’avance. »
« Lisa a de si bonnes manières à table. Tu ne la verras jamais manger avec ses doigts. »
« Pourquoi tu ne t’habilles pas comme Gabriel ? Il a toujours l’air propre : cheveux courts, chemise dans le pantalon. C’est vraiment plaisant de le regarder. »

Faire des remarques sarcastiques

« Tu savais que tu as un examen demain et tu as oublié ton livre à l’école ? Très intelligent ! C’est vraiment brillant ce que tu as fait là. »
« C’est ça que vas porter ? Des carreaux avec des pois ? Eh bien tu devrais recevoir beaucoup de compliments aujourd’hui. »
« C’est ça, le devoir que tu vas ramener à l’école ? Eh bien, si ton enseignante peut lire le chinois, moi j’en suis incapable. »

Faire des prédictions

« Tu m’as menti à propos de ton bulletin, n’est-ce pas ? Tu sais ce que tu vas devenir quand tu seras grand ? Quelqu’un en qui personne ne peut avoir confiance. »
« Continue à être égoïste. Tu verras, personne ne voudra plus jamais jouer avec toi. Tu n’auras pas d’amis. »
« Tu n’arrêtes pas de te plaindre. Tu ne fais rien pour régler tes problèmes. Je peux t’imaginer dans dix ans avec les mêmes problèmes et encore en train de te plaindre. »

Comment se sentent les enfants quand ils entendent cela ?

Les blâmes et les accusations :
  • La porte est plus importante que moi.
  • Je vais lui mentir et lui dire que ce n’était pas moi.
  • Je suis dégoûtant.
  • Je voudrais disparaître.
  • J’ai envie de la traiter de tous les noms.
  • Tu dis que je n’écoute jamais. Très bien. Je n’écoute plus.
Les injures :
  • Elle a raison. Je suis débile et nul en mécanique.
  • A quoi bon essayer ? Je vais lui faire voir. La prochaine fois, je ne porterai pas de manteau.
  • Je la déteste.
  • Tiens, la voilà qui recommence ! »
Les menaces :
  • Je vais toucher la lampe quand elle ne regardera pas.
  • J’ai envie de pleurer.
  • J’ai peur.
  • Fiche-moi la paix !
Les ordres :
  • Essaie de me forcer à le faire !
  • J’ai peur.
  • Je ne veux plus bouger.
  • Je ne peux plus le sentir.
  • Quoi que je fasse, j’aurai des ennuis.
  • Comment faire pour sortir de ce trou ?
Les sermons, la morale :
  • Bla-bla-bla. Qui veut entendre ça ?
  • Je suis débile.
  • Je suis un cas désespéré.
  • Je veux m’en aller loin d’ici.
  • Que c’est assommant !
Les avertissements :
  • L’univers est effrayant, dangereux.
  • Comment me tirer d’affaire tout seul ?
  • Peu importe ce que je fais, je m’attire des problèmes.
Les scénarios de martyre :
  • Je me sens coupable.
  • J’ai peur. C’est ma faute si elle est malade.
  • On s’en fout !
Les comparaisons :
  • Elle les aime plus que moi.
  • Je déteste Lisa.
  • Je suis une cause perdue.
  • Moi aussi je déteste Gabriel.
Les sarcasmes :
  • Je n’aime pas qu’on se moque de moi.
  • Elle est méchante.
  • Je suis humilié, confus.
  • A quoi ça sert ? Je lui rendrai la pareille.
  • Peu importe ce que je fais, impossible de gagner.
  • Je lui en veux.
Les prédictions :
  • Elle a raison. Je n’arriverai jamais à rien.
  • On peut me faire confiance à moi aussi.
  • Je vais lui prouver le contraire.
  • Inutile d’essayer.
  • J’abandonne.
  • Je suis fichu.
On voit bien qu’en règle générale ces phrases n’ont pas eu l’effet escompté. Elles ont le plus souvent mis à mal l’estime de soi de l’enfant ou fait naître des sentiments de rancœur vis-à-vis des autres.
Heureusement, il existe des habilités qu’on peut mettre en place et qui fonctionnent mieux. Je vous les citerai dans un prochain article.

Pour aller plus loin :
Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent de Faber & Mazlish