mercredi 27 janvier 2016

L'éducation bienveillante et les adolescents 1/2






Aujourd’hui, je vais vous parler des adolescents éduqués dans l’éducation bienveillante depuis qu’ils sont petits ou depuis peu.
Cet article sera en 2 parties : Je vais d'abord parler à travers Thomas Gordon et le livre EDUQUER SANS PUNIR et dans une 2ème partie, vous trouverez des témoignages de parents dont les enfants sont devenus adolescents.

Je ne peux pas parler de ma propre expérience en tant que maman car mes enfants sont encore bien loin de cette période (ils ont 3 et 4 ans).

Pourquoi cet article ?

Quand je parle sur Internet de l’éducation bienveillante, parfois on me répond « vous verrez votre éducation bienveillante où elle vous mènera quand votre enfant sera ado et qu’il vous parlera mal, vous frappera… ! ».
J’avoue que cela me semble assez saugrenu comme façon d’envisager l’avenir ! Quand j’ai commencé à mettre en place l’éducation bienveillante, c’est parce que les menaces et les punitions ne fonctionnaient pas chez mon fils de 2 ans alors, tout ce qui m’importait était de changer en mieux la situation actuelle et ça a été le cas. Si j'apprends dès aujourd'hui le respect à mes enfants (respect d'eux-mêmes, respect des autres et respect des règles), je ne vois pas pourquoi tout d'un coup à l'adolescence il en saura autrement. Je ne dis pas que l'adolescence de mes enfants sera toute rose, parfaite, sans problème, mais je pense que les adolescents tiennent beaucoup à ce qu'on les traite correctement, comme des personnes et non des marionnettes et que leurs crises sont dues au fait que les adultes sont trop dans le contrôle en ce qui concerne leur vie.

L’autorité, qu’est-ce que c’est ?

Certains parents me disent qu’ils punissent (voire frappent) leur enfant et que ça fonctionne très bien comme cela : leur enfant obéit, il est sage… Bref, c’est facile, il suffit de faire preuve d’autorité et tout va bien.

Ces parents confondent « autorité » et « pouvoir », pourtant, il n’est pas obligatoire d’utiliser le pouvoir pour faire preuve d’autorité.

Dans son livre EDUQUER SANS PUNIR, Thomas Gordon décrit les 4 types d’autorité qui existent :
  • l’autorité fondée sur l’expérience : elle découle de l’expérience d’une personne, de son savoir, de sa compétence, de sa sagesse. Ainsi une fille peut très bien dire à son père que la tenue qu’il porte n’est pas assortie. Un mari qui a le sens de l’orientation peut guider sa femme qui est au volant de la voiture…
  • l’autorité fondée sur la position : elle découle de la position d’une personne, de la description de son poste, qui précise les fonctions et les responsabilités. Dans une famille, on peut décider ensemble qui fait quoi comme tâches ménagères, en tenant compte des besoins de chacun. Par exemple, quand le papa fait les courses, sa fille peut lui demander d’acheter telle marque de jus d’orange. Si c’est la fille qui doit laver le chien, le parent peut lui faire la remarque « le chien a besoin d’un bain ». Notez que tout cela ce fait dans le respect, il ne s’agit pas ici de donner des ordres aux autres.
  • l’autorité fondée sur des ententes informelles : elle découle des nombreux accords, ententes et contrats que les gens concluent dans leurs interactions quotidiennes. Par exemple, c’est la mère qui s’occupe des plantes, c’est le père qui prépare le petit déjeuner le dimanche matin, ce sont les enfants qui gèrent leurs devoirs (je vois d’ici certains parents faire des bonds sur leur chaise en lisant ça mais, oui, c’est aux enfants de gérer leurs devoirs et non aux parents, j’y reviendrai dans un prochain article)…
  • l’autorité fondée sur le pouvoir : elle découle du pouvoir que détient une personne sur une autre : pouvoir de maîtriser, de dominer, de forcer, de faire plier les autres et de les amener à agir contre leur gré. C’est à ce type d’autorité qu’on fait allusion lorsqu’on dit que les parents doivent exercer leur autorité, lorsqu’on souhaite que les enfants « respectent » l’autorité des adultes, lorsqu’on parle de « révolte » des jeunes contre l’autorité.
Oui, mais punir, ça marche ! Il n’y a que comme ça que mes enfants comprennent !

Comme on l’a vu plus haut, il est tout à fait possible d’obtenir de quelqu’un ce qu’on veut, sans user de menaces, on préfère alors influencer les autres (ou obtenir leur coopération). Selon Thomas Gordon, il est crucial de faire la différence entre influencer et dominer : « Lorsqu’un enfant est forcé de faire quelque chose, il n’est pas vraiment influencé ; même s’il se soumet, il le fait habituellement par crainte d’être puni. Afin d’exercer une influence profonde et durable sur la vie des jeunes, les adultes doivent renoncer aux méthodes restrictives fondées sur le pouvoir et opter pour des méthodes instructives fondées sur l’influence (…). Ces méthodes contribuent à réduire la tendance naturelle des enfants à résister au changement, les incitent à modifier leur comportement de leur propre initiative et à respecter les ententes conclues, et cultivent leur considération pour les autres. On influence davantage les jeunes lorsqu’on ne cherche pas à les dominer ! Le contraire est aussi vrai : plus on cherche à dominer les gens par le pouvoir, moins on influence leur vie. Pourquoi ? Parce que les méthodes fondées sur le pouvoir poussent l’enfant à résister (il refuse d’obéir), à se révolter (il fait le contraire de ce qu’on lui demande), ou à mentir (il dit qu’il a fait ce qu’on lui a demandé alors qu’il ne l’a pas fait) ».

Concernant les « méthodes instructives fondées sur l’influence » dont parle Thomas Gordon, j’en ai déjà mis quelques-unes sur mon blog (la série « alternatives aux punitions ») et j’en mettrai d’autres encore :
Répondre aux besoins des enfants 
La résolution de conflits sans perdant

Et non, les menaces et punitions ne sont pas efficaces !

J’ai déjà écrit un article sur les effets nocifs des punitions et surtout, j’ai fait la liste des comportements qu’ils entraînent chez les enfants. Donc croire que les punitions, ça fonctionne est vraiment un leurre.

Plus encore quand l’enfant devient un adolescent. Et là, j’arrive enfin au sujet de cet article : l’éducation et l’adolescence.

Quand l’enfant est petit, les adultes sont des géants pour lui, l’enfant est donc facile à impressionner. On fait la grosse voix, les gros yeux… bref, on lui fait peur ! Et ça marche plus ou moins en fonction des enfants. Quand il grandi, on est moins impressionnable, donc on trouve d’autres stratagèmes pour se faire obéir : on menace de punir et on passe à l’acte. Parfois, on en arrive même à frapper.

Oui, mais, souvent les parents oublient un petit détail qui a pourtant toute son importance : l’enfant va continuer à grandir et va même nous dépasser ! Comment faire alors pour le priver de dessert, le mettre au coin, l’enfermer dans sa chambre ou lui donner une fessée quand il mesure 1 mètre de plus que nous et pèse 50kg de plus ?!

Thomas Gordon en a fait l’expérience plusieurs fois au cours de ses ateliers « Parents efficaces » (ateliers qui existent partout en France, si ça vous intéresse) : « ma fille était si gentille, enfant, mais maintenant nous n’avons presque plus d’autorité sur elle », « la seule chose qui pourrait empêcher mon fils de fumer de la mari’ serait de l’enchaîner à son lit, mais ce serait ridicule »… Les parents n’ont plus la capacité d’exercer leur pouvoir sur leur enfant devenu grand et ne savent du coup pas comment faire car c’est la seule forme d’autorité qu’ils connaissent : « La cause la plus importante de la tension à l’adolescence est que les parents veulent contrôler leurs enfants alors qu’ils n’ont plus aucun pouvoir. Ils se demandent alors ce qui se passe, pourquoi la discipline ne marche plus. La plupart des parents ne se rendent pas compte que l’érosion de leur pouvoir leur a ôté toute forme d’influence sur leurs enfants. A force de se faire obéir par le pouvoir, les parents n’apprennent pas comment influencer leurs enfants. Devenus adolescents, les jeunes peuvent faire tout ce qu’ils veulent en l’absence de tout contrôle et de toute restriction. On accuse alors les parents à tort de se montrer trop permissifs, ils sont simplement des parents autoritaires devenus impuissants. Alors ils s’en mordent les doigts » écrit-il dans son livre EDUQUER SANS PUNIR.

Bien sur, je ne vais pas prétendre que les enfants élevés dans l’éducation bienveillante connaissent une adolescence sans problème ; il y a d’autres facteurs que le contrôle des parents qui rentrent en compte : les changements physiques, les hormones, les premiers amours et premières déceptions qui vont avec… Quelques conflits aussi avec les parents, c’est inévitable de toute façon, mais tous ces problèmes arrivent à être résolus grâce aux méthodes bienveillantes : messages « je », écoute active, méthode de résolution de conflits sans perdant… Quand les parents (et les enfants) connaissent déjà ces méthodes depuis plusieurs années, elles se mettent en place automatiquement lors d’un problème. Mais quand les parents ne les connaissent pas, c’est plus compliqué car ça prend du temps pour les maîtriser et ça prend du temps aussi pour convaincre les enfants devenus grands qu’il ne s’agit pas là de méthodes « embrouilles » pour mieux les dominer encore !

Je cite encore une fois Thomas Gordon : « Apprendre à être parents, c’est apprendre à prévenir les problèmes, se former avant l’apparition des troubles. Une fois que les relations sont détériorées entre parents et enfants, il est plus difficile de recoller les morceaux».

Je vous donne rendez-vous dans la 2ème partie de cet article pour lire les témoignages de parents qui ont élevés leurs enfants dans la bienveillante et qui sont aujourd'hui adolescents ou adultes. Vous allez voir qu'on est loin du cauchemar que nous prédisent certains !


Pour aller plus loin, voici quelques livres qui parlent de l'éducation bienveillante et des adolescents :
Thomas Gordon : EDUQUER SANS PUNIR et PARENTS EFFICACES
Faber & Mazlish : Parler pour que les ados écoutent, écouter pour que les ados parlent
Jane Nelson : La Discipline Positive pour les adolescents