vendredi 17 mars 2017

Les préjugés sur l’éducation : « C’est bien joli l’éducation bienveillante mais ça prend du temps pour tout expliquer aux enfants et je n’en ai pas »






Les parents croient souvent que l’éducation bienveillante consiste à expliquer, expliquer et expliquer aux enfants les règles et à les répéter, répéter, répéter jusqu’à ce que les enfants comprennent. Ils sont donc nombreux à dire « vous êtes bien gentils avec votre éducation bienveillante mais moi, je travaille, et je n’ai pas de temps pour ça ! ».
C’est vrai que, dans l’éducation traditionnelle ou autoritariste, les parents vont dire les choses une fois, à la rigueur répéter une fois puis ensuite, ils vont s’énerver et punir leur enfant. Et c’est sur, que vu comme ça, ça ne prend pas beaucoup de temps. Mais les apparences sont souvent trompeuses !
Nous allons donc voir ensemble que pratiquer l’éducation bienveillante prend du temps mais pas tant que cela…


Ca prend du temps de s’informer...

Alors oui, c’est vrai que l’éducation bienveillante peut prendre du temps, surtout au début, car on peut être amené à lire, à faire des ateliers sur la parentalité, à assister à des conférences pour se renseigner sur le développement des enfants et sur d’autres méthodes éducatives que celles qu’on a connu quand on était enfant.
Ca peut prendre du temps également de perdre nos anciennes habitudes pour en prendre d’autres, de se rappeler des outils à mettre en place face à telle situation.

Mais, sur le moyen et long terme, on en gagne. J’y reviendrai plus bas.

Ca prend du temps de tout expliquer, tout répéter...

On dit souvent aux parents qu’il faut tout expliquer aux enfants. C’est vrai et pas vrai. Oui, il est important de leur expliquer le pourquoi du comment des règles car les enfants les retiennent et les respectent mieux s’ils les comprennent. Mais il ne s’agit pas non plus de les saouler de « blabla ».
Si on parle trop aux enfants, ils n’écoutent plus.
Donc expliquer, oui, mais en allant droit à l’essentiel.

Isabelle Filliozat dit souvent de remplacer les paragraphes par une phrase et de remplacer les phrases par un mot.

Donc, au début, vous pouvez expliquer à l’enfant : « Met ton manteau sur le porte manteau au lieu de le laisser traîner par terre. Ce n’est pas une serpillière. Respecte tes affaires ».
Mais rapidement, contentez-vous de dire « Ton manteau va sur le porte manteau ».
Puis « Manteau ».

Alors pourquoi dire un mot au lieu de dire une phrase est efficace ? Isabelle Filliozat explique souvent que quand on dit une phrase, ça passe par notre cerveau verbal…et c’est tout. En gros, ça rentre par une oreille et ça ressort par l’autre. Quand on dit un seul mot, ce n’est pas une phrase, ça ne fait pas sens pour notre cerveau verbal donc ça passe par le cerveau frontal et ça oblige l’enfant à réfléchir « Manteau ? Que veut-elle dire par « manteau » ? Ah oui ! Je l’ai mis par terre au lieu de sur le porte-manteau ». Et l’enfant s’en rappelle plus facilement à l’avenir.

Certains vont dire que ça ne sert à rien d’expliquer et de répéter, que dans 10 ans, on y est encore alors qu’avec une punition, les enfants comprennent plus vite !
FAUX !
D’abord, non, on ne répète pas les mêmes choses pendant 10 ans. Je le sais car j’ai fait l’expérience avec mes enfants. Oui, au début, je rappelle souvent « manteau », « chaussures », « cartable » ou « comment on demande ? » mais je vois bien qu’au bout de plusieurs jours, je rappelle moins souvent. Au bout de 3 semaines environ, il n’y a quasiment plus besoin de rappeler, juste une fois de temps en temps. Et il y a une explication à cela.

Dans le cerveau, nous avons des neurones. Ces neurones sont reliés entre eux par des synapses. A chaque nouvelle acquisition, le cerveau créé des nouvelles synapses entre nos neurones. A chaque fois qu’on répète une même action, les synapses utilisées se renforcent, on parle alors de création d’autoroutes neuronales. Au bout de plusieurs jours, l’action devient une habitude, un réflexe, on ne réfléchit plus, c’est un automatisme.
Ca prend entre 21 et 30 jours pour qu’une action quotidienne devienne une habitude.
Pourquoi je vous dis cela ? Et bien, pour vous expliquer que si vous voulez que votre enfant perde une mauvaise habitude qu’il a prise au profil d’une autre, ça lui prendra entre 21 et 30 jours pour défaire son autoroute neuronale et en construire une autre.
Faites l’essai sur vous : si vous changez de placard les verres de votre cuisine (ne le faites pas pour de vrai, vous risqueriez de m’en vouloir !), à votre avis, vous allez y penser tout de suite que vous avez changer les verres de place ? Non, pendant plusieurs jours vous allez vous tromper de placard ! Ca va vous prendre du temps pour vous souvenir que vos verres sont rangés ailleurs et ouvrir directement le bon placard.
On comprend bien alors que les punitions sont inefficaces puisqu’on demande à l’enfant d’arrêter son comportement tout de suite et surtout sans lui expliquer ce qu’on attend de lui en échange !

Alors, oui, ça prend entre 21 et 30 jours pour mettre fin à une mauvaise habitude qu’a prise votre enfant avec l’éducation bienveillante mais pensez bien qu’avec les punitions, dans 10 ans, vous y êtes vraiment encore à vous énerver après votre enfant et à le punir presque tous les jours pour les mêmes choses ! C’est pour cela que j’écrivais plus haut qu’à moyen et long terme, on gagne du temps à expliquer les choses aux enfants.

Ca prend du temps de trouver la cause des comportements des enfants et des solutions pour les arrêter...

Autre exemple où ça prend du temps de pratiquer l’éducation bienveillante à court terme mais on en gagne à moyen et long terme. C’est lorsque votre enfant a un comportement dérangeant et que dire en un mot ne suffit pas. Par exemple, votre enfant tape, parle mal, ou c’est la galère tous les matins pour le préparer pour l’école ou tous les soirs pour le coucher.
Dans ces cas, pour savoir COMMENT agir, il faut d’abord savoir POURQUOI l’enfant réagit comme il le fait. Il y a toujours une cause aux comportements des enfants, et oui, trouver cette cause, ça prend plus de temps que de s’énerver après l’enfant et le punir ! Je vais écrire bientôt des articles pour mieux expliquer les différentes causes des comportements dérangeants de nos enfants.
Mais une fois qu’on a trouvé la cause, il est plus facile de savoir comment agir. Par exemple, votre enfant tape peut être parce qu’il ne sait pas s’exprimer avec des mots, donc il faut lui expliquer comment parler et le lui rappeler régulièrement (pendant 21 à 30 jours, déjà testé et approuvé sur mon fils). J’ai déjà parlé ici des raisons pour lesquelles un enfant peut taper et comment agir pour qu’il arrête.
C’est la même chose pour un enfant qui parle mal et qui crie « DE L’EAU !!!!! » au lieu de « j’ai soif, est-ce que tu peux me servir à boire s’il te plait ? ».
Si votre enfant ne veut pas s’habiller tous les matins, peut-être trouverez-vous des solutions ici mais peut être que la raison est autre comme par exemple il y a un enfant qui embête le vôtre ou un adulte référent qui crie beaucoup.

Alors oui, ça peut prendre du temps pour trouver la cause et ça peut prendre encore quelques jours pour faire perdre la mauvaise habitude à votre enfant au profit d’une meilleure.
Mais si vous optez pour la solution « je ne veux pas perdre mon temps avec les caprices, s’il ne m’obéit pas, c’est punition dans sa chambre un point c’est tout », dans 10 ans, vous y êtes encore à le punir pour tout et n’importe quoi. Que dis-je 10 ans… 18 ans serait plus exact, surtout si vous avez un enfant au tempérament rebelle !!! Sachant que pendant tout ce temps-là, vos relations vont sérieusement se dégrader également !

Si vous avez un enfant qui a tendance à se soumettre à la volonté des autres, c’est vrai que la méthode de la punition sera plus rapide, mais c’est l’estime de soi de votre enfant qui va en prendre un sacré coup et ça risquera de vous coûter cher en psy à l’adolescence… Ou de lui coûter cher en psy, en médicament, en stage de développement personnel quand il sera adulte !
Muriel Salmona explique dans son livre Châtiments corporels et violences éducatives-Pourquoi il faut les interdire en 20 questions réponses que les violences subies durant l’enfance se répercutent dans notre corps sous forme de maladies le plus souvent 50 ans plus tard (sous forme de cancer, de diabète, de maladies cardio-vasculaires, de problèmes de tension ou de thyroïde…). Je pense que vous avez déjà remarqué la quantité assez incroyable de médicaments que peuvent consommer vos parents ou vos grands-parents… Comment ont-ils été éduqués ? Quels étaient leurs rapports avec leurs parents ? C’est intéressant d’y réfléchir et de faire le lien entre leur santé actuelle et leur enfance.

Ca prend du temps de passer du temps avec ses enfants...

Je vais aussi vous parler d’une vidéo de Nancy Doyon et de Joël Monzée où ils expliquent que passer 15 minutes par jour avec notre enfant peut vraiment faire LA différence dans son comportement. Il s’agit de la vidéo « Améliorer la relation parent/enfant en moins de 15 minutes par jour » que vous pouvez retrouver ici : http://www.coaching-et-neurosciences.com/formations-gratuites/  (il faut s’inscrire gratuitement pour la recevoir).
Nancy Doyon parle donc de VRAIE ATTENTION qu’on va accorder à son enfant pendant 15 minutes. Voici sa « prescription » :
- 3 câlins minimum : le matin quand on se lève, au retour de l’école et au couché, pendant 20 secondes minimum les yeux fermés.
On peut aussi faire un câlin quand l’enfant est agité, énervé.
- 5 minutes de cœur à cœur. Aller voir l’enfant, s’asseoir à côté de lui, s’intéresser à ce qu’il fait sans donner de conseil, sans intervenir, sans faire de reproches. S’intéresser à sa musique, regarder des vidéos avec lui…
- En fin de soirée, démontrer de l’appréciation. C’est important qu’ils s’endorment en sachant qu’ils sont aimés ou aimables : « Je t’aime », faire un compliment descriptif, reconnaître un acte ou un moment de la journée, avoir de la reconnaissance pour quelque chose qui s’est passé dans la journée… Quand le parent est honnête, humble, intègre, ça fait un modèle pour l’enfant. Dire « Bravo champion » 40 fois par jour ne sert à rien mais on peut dire « merci pour…. ».

Si les parents ne sont pas à l’aise avec ces méthodes, Joël Monzée préconise lui, de passer 15 minutes par jour à jouer avec l’enfant en le laissant décider du jeu et des règles, dans une relation de cœur à cœur.

Ca prend du temps de s’occuper de soi...

L’éducation bienveillante prend du temps pour s’occuper de soi ! Quand les parents pratiquent l’éducation traditionnelle, bien souvent, ils sont pris dans le train-train quotidien (métro – boulot – dodo) et ne prennent pas de temps pour s’occuper d’eux. Bien souvent, c’est parce qu’ils ne décompressent jamais ou rarement qu’ils s’énervent aussi facilement après leurs enfants. Dans l’éducation bienveillante, on insiste bien sur le fait que pour être bienveillant avec ses enfants, il faut d’abord l’être avec soi-même et respecter nos besoins. Pas besoin d’y passer des heures chaque jour mais prendre le temps de faire ce qu’on aime quelques minutes par jour. Ce n’est pas facile au début car on se dit « je n’ai pas le temps » mais il faut réfléchir au moment de la journée où on est tranquille (quand les enfants sont couchés ou quand le conjoint peut prendre le relais ou revoir ses priorités) et vraiment intégrer ce temps dans notre routine quotidienne. Au bout de 21 à 30 jours, c’est devenu une habitude de prendre du temps pour soi et on trouve du temps pour cela sans problème.

Alors oui, pratiquer l’éducation bienveillante, prend plus de temps que s’énerver après nos enfants et les punir mais sur le moyen et long terme, on en gagne car nos enfants sont plus responsables de leurs actes et parce qu’on est plus outillé pour faire face rapidement à leurs comportements dérangeants. 
Mais surtout, avec l’éducation bienveillante, tout le monde gagne en sérénité et sur le court, moyen et long terme, c’est vraiment beaucoup moins de fatigue nerveuse pour toute la famille et de meilleures relations entre les parents et les enfants. Je ne suis pas en train de vous dire que votre vie de famille sera parfaite et qu'il n'y aura plus jamais de problèmes mais qu'il y aura vraiment moins de cris de votre part et de celle des enfants.
Alors, vous ne pensez pas que ça mérite d’y passer un peu de temps chaque jour ?